Relance de l’Afrique en pleine crise sanitaire: Les propositions de deux experts

Deux responsables d’organisations environnementales, Mohamed Adow (directeur du groupe de réflexion sur le climat et l’énergie Power Shift Africa au Kenya) et Chukumwerije Okereke (président de la Society for Planet and Prosperity (SPP) au Nigeria)appellent les Africains à « accélérer les investissements dans les énergies propres, les infrastructures vertes et l’innovation technologique » pour relancer l’Afrique en cette période de crise sanitaire à la COVID-19.
Selon la Tribune de lemonde.fr, les deux experts se sont exprimés en ces termes : « la crise climatique frappe l’Afrique avec une sévérité implacable. Alors que l’Europe et l’Amérique du Nord commencent à peine à constater ses impacts, nous, Africains, subissons depuis des années les vagues de sécheresse, les inondations et la désertification ».
Mais pour eux, une opportunité de s’y attaquer pourrait émerger d’une autre crise mondiale : celle de la COVID-19. À l’heure où l’Afrique se remet des ravages de la pandémie, placer l’action en faveur du changement climatique au cœur des plans de relance est en effet le moyen le plus sûr de créer une prospérité durable. « En tant que dirigeants d’organisations basées au Nigéria et au Kenya, nous avons l’habitude d’entendre les gens faire des hypothèses sur ce qui est le mieux pour nos pays. Cette fois, écoutez-nous : la relance de l’Afrique doit être axée sur l’action climatique », proposent-ils.
Pour eux, la crise de la COVID-19 a été catastrophique pour les économies africaines. Car elle a interrompu une longue période de croissance économique régulière : les économies africaines voyaient leur PIB augmenter d’environ 3 % en moyenne avant la pandémie.Mais celle-ci a déjà entraîné une récession de 2,1 % l’an dernier, selon la Banque africaine de développement (BAD), et creusé les déficits publics. Une récession en Afrique n’est pas la même chose qu’une récession en Europe : les filets sociaux y sont faibles, et les dispositifs de soutien rares voire inexistants. Environ 30 millions d’Africains sont tombés dans l’extrême pauvreté en 2020 à cause de la crise sanitaire et 39 millions d’autres risquent de subir le même sort en 2021.
Ils expliquent que dans ce contexte, la seule chose pire qu’une pandémie est une pandémie couplée au changement climatique. Avant le COVID-19, de nombreuses régions d’Afrique étaient déjà en première ligne. Ouragans, inondations, sécheresses, invasions de criquets, mauvaises récoltes, sans parler des migrations forcées dues à ces catastrophes : ces phénomènes étaient à l’origine de grandes souffrances humaines et freinaient le développement. Aujourd’hui, les pertes économiques liées au COVID-19 réduisent drastiquement la capacité budgétaire de nombreux pays africains pour s’adapter au changement climatique et amortir ses impacts.
« Mais ces crises jumelles offrent également une opportunité : en intégrant des mesures de lutte contre le changement climatique dans leurs plans de relance économique post-COVID-19, les pays africains peuvent s’assurer un avenir plus sûr, neutre en carbone et résilient.
Il existe un risque réel que des mesures de relance à l’ancienne – soutenir les énergies fossiles, distribuer de l’argent aux industries polluantes – ne provoquent une forme de fuite en avant dans l’économie carbonée. L’Afrique se retrouverait alors avec des « actifs échoués » : des infrastructures coûteuses mais obsolètes, dans un monde en transition vers les énergies propres. Une situation qui affaiblirait encore sa capacité à investir et à attirer l’investissement privé.
Pour les économies dépendantes du pétrole, comme le Nigeria, la perspective d’une baisse des investissements dans le secteur des énergies fossilespourrait avoir des conséquences sociales et économiques considérables. Et les régimes réglementaires tels que le « Green Deal » européen vont confronter les pays qui commercent fortement avec l’Europe, comme le Maroc et la Tunisie, à de nouvelles barrières commerciales si ces derniers ne musclent pas leur jeu en matière de climat », exposent MM. Adow et Okereke.
En matière de plans de relance verte, ils affirment ceci : « On le voit bien : négliger l’action climatique, ce serait rendre nos économies toujours plus vulnérables aux chocs. Au contraire, des investissements dans ce domaine, dans le cadre des plans de relance, peuvent assurer notre rétablissement. Les recherches montrent que les efforts de relance qui intègrent l’action pour le climat et des objectifs plus larges de durabilité sont plus susceptibles de générer une reprise résiliente à long terme. »
Alors que l’économie mondiale réoriente – certes encore trop lentement – les capitaux vers des investissements respectueux du climat, l’on peut exploiter le volume croissant des financements climat pour accélérer les investissements dans les énergies propres, les infrastructures vertes et l’innovation technologique.
Ils estiment que les pays africains commencent déjà à planifier des plans de relance verte. Ainsi, celui du Nigeria vise à installer des systèmes solaires domestiques et des mini réseaux pour 5 millions de foyers qui ne sont pas connectés au réseau national. S’il est couronné de succès, le projet permettra de créer 250 000 emplois supplémentaires, ce qui contribuera à atténuer le taux de chômage sans précédent résultant de la crise du COVID-19.
« Mais pour y parvenir et financer ces investissements, nous aurons besoin de la solidarité du Nord. Il est donc essentiel que les pays développés consentent à de vrais efforts pour alléger le fardeau des dettes souveraines et commerciales. Nous appelons à la mise en œuvre rapide d’une facilité de crédit pour soutenir les pays africains confrontés aux impacts économiques de la pandémie. Mais les investisseurs publics et privés du Nord devront eux aussi faire des efforts concertés pour réorienter leurs investissements vers des investissements durables », pensent-ils.
Avant d’ajouter queseule une telle mobilisation peut permettre à l’Afrique de réaliser son potentiel, gigantesque mais encore largement inexploité, en matière d’économie verte et notamment d’énergies renouvelables. Le continent africain possède des ressources naturelles parmi les plus abondantes de la planète : un soleil puissant, des vents forts, des océans agités. En raison de l’héritage du colonialisme et de la pauvreté qu’il a engendrée, le stock d’infrastructures est encore limité – ils ne sont donc pas prisonniers de modes de vie à forte intensité en carbone.
« Nous, Africains, comprenons le changement climatique parce que nous le vivons déjà. Nous sommes prêts à nous retrousser les manches afin de tirer le meilleur parti des investissements massifs nécessaires à la relance de nos économies après la pandémie.
LaCOVID-19 a provoqué une onde de choc tragique dans toute l’Afrique. La plupart d’entre nous s’en souviendront à jamais. Mais la sortie de crise pourrait être le point de départ d’un nouvel avenir, équitable, vert et durable – si nous tournons le dos aux énergies fossiles pour investir résolument dans les technologies et les infrastructures du futur », ont-ils conclu.
Nathanaël Yao
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