Vaccin contre le paludisme: Trois infectiologues de renom se prononcent et conseillent

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de recommander pour la première fois, le déploiement d’un vaccin contre le paludisme des enfants en Afrique subsaharienne et dans les zones à risque, nous apprend RFI. À l’occasion des 26e Actualités du Pharo de Marseille, rendez-vous scientifique des spécialistes de la médecine tropicale, trois infectiologues (Professeur François Faucher, Professeur Christophe Rapp et Professeur Olivier Bouchaud) ont commenté cette annonce du Directeur général de l’OMS et conseillé les populations sur les mesures de prévention, dans l’émission « Priorité Santé ».
« Je n’ai pas de réponse scientifique à cette question. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une étude pilote de grande envergure qui se déploie dans certaines régions d’Afrique (au Ghana, au Kenya et au Malawi) pour évaluer l’efficacité de ce vaccin. Pour l’instant, cela reste une annonce : une intervention de santé publique qui est recommandée et n’est pas rentrée dans son application à large échelle », a affirmé le Professeur François Faucher, chef de service des maladies infectieuses et tropicales au CHU de Limoges, à propos du déploiement massif chez les enfants du premier vaccin contre le paludisme (le vaccin RTS-S, développé par le laboratoire britannique GlaxoSmithKline).
Pour le Professeur Christophe Rapp, infectiologue à l’hôpital américain de Paris et président de la société française de médecine des voyages, c’est un outil supplémentaire dans la stratégie globale de lutte contre le paludisme. « Il peut apporter, chez les enfants en bas âge une réduction des formes graves et des décès. Il va diminuer par exemple l’importance de l’anémie et cela va jouer sur la létalité du paludisme et l’on sait que ce sont les enfants qui paient le plus lourd tribut dans cette maladie », a-t-il précisé. Avant d’ajouter que c’est un vaccin intéressant, dont l’efficacité dans les premières études se situe aux alentours de 40%. Donc ce n’est pas du tout un chèque en blanc contre le paludisme. C’est une mesure supplémentaire qui pourrait diminuer la létalité chez les enfants.
Quant au Professeur Olivier Bouchaud, responsable du service des maladies infectieuses et tropicales au CHU Avicenne, de Bobigny, il estime qu’en matière de paludisme, ‘’cela fait 50 ans que l’on travaille sur un vaccin et 50 ans que l’on butait pour trouver quelque chose d’efficace. Ce vaccin, il est loin d’être parfait : 40% d’efficacité, c’est ce qui est observé sur deux ou trois ans de suivi. Sur des suivis à sept ans, l’efficacité est ramenée en dessous de 10%. Il faut se souvenir qu’historiquement, le schéma vaccinal était à trois injections. On s’est rendu compte que c’était insuffisant et il a fallu rajouter une quatrième injection’’. D’un point de vue logistique, il précise que c’est un vaccin qui sera très compliqué à mettre en place. « C’est non seulement compliqué, mais aussi coûteux. Nous sommes dans ce rapport entre le bénéfice et le coût pour les populations et notamment les enfants. Et là, manifestement, l’OMS a fait le choix de privilégier le bénéfice. Parce que, dans une réflexion purement de santé publique, dans la balance bénéfice-coût, on n’est pas du tout sûr que ce vaccin-là ne soit le « champion », pense M. Bouchard.
En matière de mesures de protection actuelles (traitement préventif pour les zones de paludisme saisonnier, répulsifs, moustiquaires imprégnées, insecticides)…, Pr Christophe Rappaffirme que toutes les mesures sont synergiques : la moustiquaire imprégnée, le dépistage, le traitement précoce, la chimioprophylaxie intermittente. Et ce sont les outils de base. « Le vaccin est une arme supplémentaire qu’il va falloir maintenant mettre en place et décliner sur le terrain », a terminé M.Rapp.
Pr Jean François Faucher lui, déclare qu’un des grands messages à garder à l’esprit, c’est l’adhésion aux mesures de prévention du paludisme, mais aussi de la prévention de ses complications. En plus, il avance ceci :« Cela signifie consulter précocement, en cas de fièvre, pour avoir un test rapidement et un traitement dérivé de l’artémisinine, recommandé par les programmes nationaux de lutte contre le paludisme. Lorsque l’on reçoit à l’hôpital, des enfants dans un état catastrophique quand on interroge sur ce qui s’est passé avant, on se rend compte qu’il y a eu des occasions manquées de traiter précocement, avant que le paludisme ne s’aggrave ».
Pour Pr Olivier Bouchaud, il y a aussi l’élimination des eaux stagnantes, qui peuvent contribuer à la prolifération des moustiques. Car c’est un outil complémentaire qui échappe en partie aux familles et aux ménages, parce que ce sont davantage des outils d’intervention collective, encore que l’on puisse faire de la démoustication à l’intérieur des habitations. « Il s’agit d’un ensemble d’armes complémentaires pour arriver à l’élimination du paludisme. C’est toujours un objectif, car même si le tableau général s’est amélioré au cours des dernières décennies, le paludisme reste un problème majeur de santé publique en Afrique »,dit-il.
Nathanael Yao
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