Développement de l’Afrique : De quelle forme de leadership avons-nous besoin ? (une contribution de Yao Esaïe)

Limitation d’âge et de mandat aux postes politiques en Afrique : Besoin de renouvellement ou régénération politique en Côte d’Ivoire ?
Le débat en cours en Afrique est la durée de vie des animateurs politiques et de la vie publique. Pour les uns, il faut limiter l’âge de participation à la vie de la nation pour donner la chance à d’autres, quand les autres pensent le contraire.
A-t-on besoin de limiter la participation à la vie publique ? De quelle forme de leadership avons-nous besoin ?
Nous allons, au cours de cette contribution, montrer le visage de leaders dont a besoin l’Afrique actuelle.
Le concept de leadership en Afrique est déterminant pour la gestion rationnelle des hommes et de la chose publique. Le leadership peut se définir comme le pouvoir de donner envie aux autres de s’impliquer et d’agir pour réaliser une ambition Collective, atteindre un objectif commun ou individuel. Ce pouvoir est conféré à une autorité d’estime, de confiance, de référence, ou de mentor. Ce pouvoir ne se décrète pas. Le leadership n’est adossé ni à un statut ni à une fonction ou à un niveau de responsabilité. C’est parce que les autres le reconnaissent comme tel que le leader a le pouvoir de les faire agir. Ainsi on peut vouloir être leader et ne pas avoir la reconnaissance de ceux au nom de qui on espère parler. On peut également ne pas espérer être leader et être reconnu comme tel.
De 1960 à aujourd’hui, l’Afrique a connu plusieurs catégories de leaders. La première catégorie, est composée d’instituteurs, de médecins et chefs syndicalistes à l’instar du Syndicat agricole Africain. Ces leaders avaient une formation axée plus sur l’obéissance que sur la responsabilité.
La deuxième catégorie que nous citons ici est la catégorie des régimes militaires.
La troisième catégorie est celle de depuis 1990. L’Afrique du multipartisme avec sur la scène, un contraste des officiers militaires, de vieux leaders d’origine civile et quelques jeunes qui font leur entrée sur la scène publique.
Pour finir avec cette catégorie, il faut noter que la pratique de la démocratie n’a pas transformé l’Afrique et les leaders politiques sont toujours perçus comme de simples marionnettes à la solde des puissances dominante.
Aux côtés des leaders politiques, nous avons les leaders d’entreprises, l’élite intellectuelle et les leaders religieux.
D’abord les leaders d’entreprises.
Le défi du développement économique et social s’adresse aux leaders des entreprises. Cependant, les leaders d’entreprises qui se sont dégagés dès les indépendances sont des étrangers à l’Afrique et d’origine coloniale. Ils contrôlent les intérêts économiques stratégiques, financent l’économie, le social et surtout la politique notamment l’organisation des élections et assurent par la même occasion les manipulations extérieures. Le peu de leaders Africains restent dans le secteur agricole, les services et le commerce, quelques fois agrippé à l’étranger.
Ensuite, l’élite intellectuelle africaine.
A ce niveau, on distingue les intellectuels éclairés et ceux soumis aux régimes politiques. L’affrontement entre les deux clans d’élite intellectuelle a été au détriment du développement de nos nations.
Quant aux leaders religieux, leurs missions se sont concentrées sur le choc entre la religion dite importée et la culture africaine. La tendance à détruire la culture africaine entièrement ou partiellement a créé une confusion qui continue jusqu’à ce jour.
Est-ce qu’il est nécessaire de limiter l’âge de candidater à un poste politique, au regard de ce qui précède ?
Pour nous, il y a une nécessité de réfléchir à une nouvelle génération de leaders pour relever les défis de l’histoire, du savoir, de la démocratie et des droits humains pour mettre en place des conditions de paix et de liberté. La nouvelle classe de leaders doit répondre aux besoins de la reconstruction politique, religieuse, économique et des intellectuels en assurant l’équilibre de la défense des droits de l’homme à la vie, à l’éducation, à la santé, au bonheur spirituel et matériel dans la dignité.
Cette nouvelle classe de leaders doit répondre au défi de l’équilibre des savoirs, notamment des savoirs hérités de l’école coloniale et des savoirs traditionnels, de l’équilibre de l’impact des religions sur les valeurs idéologiques du développement en évitant de voir le diable partout pour assumer sa pleine responsabilité sociétale, le leader nouveau doit savoir la part de la culture nationale dans le développement.
Il y a une nécessité de créer une valeur de référence comme support inévitable d’un développement durable, une nécessité de renouvellement des élites intellectuelles qui auront pour mission la promotion des valeurs de l’équité, de la probité, de la bonne gouvernance et de la gestion partagée des richesses disponibles. Le leader nouveau doit comprendre que sa vie est un message divin.
Les nouveaux leaders doivent être bien outillés sur le plan scientifique, économique, culturel, théologique, technologique et politique pour mieux négocier avec ceux du reste du monde. Ils doivent être comme une alternative au défi du capital social pour une population valorisée par la santé et l’éducation.
Nous n’oublierons pas la Société Civile. Elle doit être bien structurée, organisée, ne pas être seulement à l’opposée des pouvoirs en place, qui évite de relayer les discours des organisations extérieures qui les financent.
Nos valeurs actuelles sont celles de bonnes attitudes devant le travail, le respect des institutions et la maîtrise de soi face à l’argent.
Ce à quoi nous devons nous atteler n’est donc pas de limiter le nombre des mandats électifs encore moins de limiter l’âge pour candidater à un poste électif.
Il ne s’agit pas d’un rajeunissement pour rajeunir, mais construire une société avec une nouvelle mentalité politique, une élite intellectuelle qui éclaire le peuple, des leaders d’entreprises capables de financer le développement économique, social, culturel, politique et des leaders religieux en mesure de reconstruire ou de reconsidérer nos cultures dans un esprit de dialogue, de culture, africaine-religion et une référence de valeur basée sur l’audace et la capacité d’anticipation par la maîtrise et le contrôle des changements, la loyauté envers soi-même et le peuple, le respect du devoir, de l’honneur, le combat pour la nation, la perspicacité, l’instauration avec le reste du monde d’un système de partenariat plus équitable.
Le leader d’aujourd’hui doit travailler pour que quelques unes de nos langues africaines deviennent des instruments de travail et de connaissances scientifiques.
Nos discours religieux doivent nous débarrasser de la subjectivité avec l’omniprésence des forces du mal comme la sorcellerie pour nous aider à affronter nos vraies difficultés sociales.
Au cours de cette contribution, nous avons d’abord défini le concept de leadership, ensuite dégager les catégories de leadership qu’a connu l’Afrique depuis les indépendances et leur rôle. Enfin nous avons proposé la forme de leaders dont a besoin l’Afrique. Ce n’est donc pas une question d’âge et de duré de mandat. Mais une question de changement de mentalité. C’est pourquoi il faut laisser de côté le débat sur la limitation des âges et de mandat politiques pour s’attaquer sans plus tarder au renouvellement psychologique des nations africaines.
Comment procéder face à une population appauvrie, une jeunesse mal formée et au chômage et des intellectuels qui ne peuvent résister à la corruption, des chefs d’entreprise absents dans l’économie stratégique ? Il faut tout simplement inverser les données actuelles.
YAO Esaïe,
Chef d’entreprise,
Consultant en Stratégie et Actions Publiques
et Théologien Catholique.
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