Il existe des alertes que l'on ne peut pas traiter comme de simples faits divers administratifs. Celle qui nous vient d'Agboville, portée par le Préfet Sinhindou Coulibaly, en fait partie.
La suspension de la distribution de l'eau de consommation en raison d'une pollution présumée au cyanure nous rappelle brutalement que l'orpaillage clandestin a franchi un seuil critique.
Nous ne sommes plus seulement face à un problème économique ou environnemental. Nous sommes face à une menace qui touche directement la vie des populations.
Cette situation dramatique révèle une vérité inquiétante : l'orpaillage dit illégal n'est plus seulement un problème économique.
Il est devenu une menace directe contre la santé, la sécurité et la vie même des populations ivoiriennes.
Pendant des années, nous avons surtout parlé des pertes financières qu'il occasionne à l'État, environ 4 mille milliards par an.
Aujourd'hui, c'est l'eau que boivent les populations qui est contaminée. Ce sont nos rivières qui sont empoisonnées, nos forêts dévastées, nos terres agricoles détruites et notre environnement progressivement sacrifié.
Le constat est sans appel : malgré les efforts du Gouvernement, nous ne sommes pas en train de gagner la guerre contre les orpailleurs clandestins.
Chaque jour, des milliers d'individus continuent d'envahir nos forêts et nos cours d'eau. Chaque site démantelé semble être remplacé par un autre. Chaque arrestation paraît aussitôt compensée par de nouvelles recrues.
Les chiffres recents communiqués par le Conseil national de sécurité sont révélateurs.
Une grande partie des personnes interpellées dans le cadre de cette lutte sont de nationalité étrangère, et l'on sait que de nombreux mineurs sont également impliqués. Nous faisons face à un phénomène organisé, structuré et transnational.
La vérité est que nous combattons encore les exécutants alors que les véritables bénéficiaires demeurent souvent hors d'atteinte.
C'est pourquoi le moment est peut-être venu de changer de doctrine.
Les arrestations et les destructions de matériels doivent se poursuivre avec la plus grande fermeté. Mais elles ne suffisent plus.
La lutte doit désormais cibler les têtes pensantes de ce vaste réseau criminel : les financeurs, les commanditaires, les intermédiaires et tous ceux qui tirent profit de la destruction de notre patrimoine naturel.
C'est à ce niveau que doit désormais se concentrer l'effort principal.
Car le temps joue contre nous.
Dans plusieurs localités, des villages entiers voient disparaître leurs terres cultivables et leurs sources d'eau non contaminées.
Des communautés qui vivaient de l'agriculture sont progressivement privées de leurs moyens de subsistance.
Si cette tendance se poursuit, des milliers de personnes n'auront d'autre choix que d'abandonner leurs terres pour rejoindre les centres urbains.
Nous sommes peut-être en train d'assister à la naissance silencieuse d'une future crise environnementale, économique et sociale.
L'orpaillage clandestin n'est plus seulement un crime contre la nature. Il est devenu une menace contre notre sécurité alimentaire, notre santé publique, notre cohésion sociale et, à terme, notre stabilité nationale.
Il y a des combats qu'une nation ne peut pas se permettre de perdre. Celui pour la préservation de notre eau, de nos terres et de nos forêts en fait partie.
L'or peut enrichir quelques individus. L'eau fait vivre tout un peuple. Entre les deux, le choix d'une Nation responsable ne devrait jamais faire débat.
ASSALE TIEMOKO
JOURNALISTES D'INVESTIGATIONS.
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