
Côte d'Ivoire : Vridi-Plage, les déguerpis disent détenir des preuves et appellent l'État à situer les responsabilités
Le Comité de crise des déguerpis de Vridi-Plage ne désarme pas. Un mois après la destruction de leur quartier, ses responsables ont animé une deuxième conférence de presse au cours de laquelle ils ont remis en cause les circonstances du déguerpissement des 8 et 9 juin et appelé le gouvernement à faire toute la lumière sur cette opération. Prenant la parole au nom du comité, Karamoko Bandé a affirmé que les habitants ne croient plus à la version selon laquelle les démolitions s'inscrivaient dans la campagne de déguerpissements menée par le District autonome d'Abidjan. « Nous remettons en doute la sincérité de cette administration municipale. Nous avons des éléments en notre possession faisant état de ce que des agents de la mairie de Port-Bouët seraient impliqués dans ce déguerpissement », a-t-il déclaré, tout en précisant que ces éléments seront versés à la procédure judiciaire en cours. Le porte-parole affirme que le comité a multiplié les démarches avant les démolitions. « Nous sommes rentrés en contact avec le directeur des services techniques du District d'Abidjan, qui ne nous a pas répondu. Nous avons pratiquement utilisé toutes les voies de recours pour empêcher ce déguerpissement. Malheureusement, nous n'avons pas eu gain de cause », a-t-il regretté. Pour Karamoko Bandé, les auteurs de l'opération auraient profité du contexte des opérations de déguerpissement conduites dans le Grand Abidjan pour masquer leurs propres agissements. « Puisque ce déguerpissement a eu lieu dans la même période que ceux du District d'Abidjan, certains veulent faire croire qu'il s'agit de la même opération. Mais nous avons des éléments qui attestent que ce sont des privés qui ont procédé à ce déguerpissement », a-t-il soutenu. Non sans manquer de relever que des agents du District d'Abidjan avaient été aperçus sur les lieux. Selon le comité, Vridi-Plage, anciennement appelé « Campement TP », est habité depuis les années 1940 par les familles d'anciens agents des Travaux publics. Les représentants des déguerpis rappellent qu'un litige foncier est apparu à la fin de l'année 2025 avant qu'une mise en demeure portant sur 1 772 m² ne leur soit notifiée. Ils affirment avoir contesté cette procédure avant que l'ensemble du quartier ne soit finalement rasé les 8 et 9 juin, laissant, selon eux, des milliers de personnes sans logement. Le comité indique avoir saisi le procureur de la République, qui a ordonné l'ouverture d'une enquête. « La Côte d'Ivoire se veut être un État de droit où les plus faibles s'adossent à la loi. Nous demandons au gouvernement de prendre ses responsabilités, de faire toute la lumière sur ce déguerpissement et de permettre aux familles qui ont été mises dehors d'être rétablies dans leur dignité », a conclu Karamoko Bandé, disant attendre les résultats de l'enquête judiciaire. Jean Claude KOUDOU



























