


La ruée vers l’or en Côte d’Ivoire : pourquoi il faut un moratoire sur l’orpaillage en tout genre
L’or ivoirien brille sur les marchés internationaux, mais son extraction clandestine plonge des milliers de communautés dans un désastre silencieux. Face à l’ampleur des dégâts, un moratoire général sur l’orpaillage s’impose. Entre 2010 et 2020, plus de 20 000 hectares de forêts ont été détruits par l’orpaillage clandestin, selon des estimations officielles. En 2022, 241 sites illégaux mobilisant 23.400 personnes ont ravagé terres et forêts dans 29 régions administratives sur les 31 que compte la Côte d’Ivoire. L’utilisation incontrôlée du mercure et du cyanure empoisonne durablement les cours d’eau et les nappes phréatiques. Le fleuve Bagoué, dans le Nord, subit « une dégradation physique marquée par l’ensablement, les blocages et les détournements du lit », entraînant la disparition progressive de nombreuses espèces aquatiques. À Bocanda et Dimbokro, les dragues installées dans le lit du N’Zi menacent directement l’approvisionnement en eau potable des villes. La pollution ne s’arrête pas aux rivières. À Bouaflé, l’ONG IMPACT alerte : « La pollution peut ainsi se propager dans toute la chaîne : l’eau, les animaux, les poissons, les cultures et, finalement, les êtres humains ». L’exposition au mercure entraîne des conséquences graves, parfois irréversibles. L'ONG a mené une campagne de sensibilisation, les mardi 8 et mercredi 9 septembre 2026 dans des communautés de Bouaflé (S. presse). Cette campagne visait à informer les populations sur les dangers du mercure et l'orpaillage illégal Sur le plan social, l’orpaillage alimente l’insécurité, favorise les réseaux criminels transfrontaliers et détruit les terres arables, compromettant la souveraineté alimentaire. Dans certaines zones, on observe le développement de la prostitution, de la drogue, des conflits fonciers et la déstructuration des communautés rurales. La région du Hambol se distingue tristement avec 45 sites d’orpaillage, contribuant à une déforestation massive et à une perte de biodiversité. Face à ce constat, les acteurs de la pêche artisanale plaident pour un moratoire d’au moins 25 ans sur l’octroi de nouvelles autorisations d’orpaillage. « Parce que l’eau, c’est la vie, et que l’orpaillage détruit l’eau, l’urgence a atteint un stade critique », alerte Ouattara Kpatouma Achille, président du comité de gestion de la Société coopérative des entrepreneurs et acteurs du développement de la Côte d’Ivoire (Sceadci-scoops) et entrepreneur dans la pêche artisanale (Aip). Cette période permettrait « de protéger ce qui reste, de procéder à la dépollution et à la restauration des sites dégradés » renchérit-il. Le gouvernement ivoirien a multiplié les opérations : entre 2021 et 2026, plus de 8 500 sites illégaux ont été déguerpis selon les officiels. Mais la répression seule ne suffira pas. Comme le souligne Ahoua Don Mello, dans une tribune politique et une déclaration publique rapportées par plusieurs médias : « il est urgent d’offrir de véritables perspectives d’insertion économique, professionnelle et agricole à la jeunesse rurale ». Le métal jaune ne doit pas se payer au prix de l’eau, des forêts et de la vie des communautés. Un moratoire général sur l’orpaillage, accompagné d’alternatives économiques crédibles, n’est plus une option : c’est une nécessité nationale. Faut-il le noter, la Côte d’Ivoire a produit 59 tonnes d’or en 2024, visant 100 tonnes d’ici 2030. Derrière cette performance, l’envers du décor est glaçant. En 2025, plus de 140 tonnes d’or, soit environ 237,29% de la production légale, ont été extraites hors de tout contrôle, générant une perte fiscale de plus de 700 milliards de FCFA pour l’État. Tout compte fait, cette activité d’extraction légale comme illicite est quasiment imperceptible dans le Produit intérieur brut du pays qui est de 112,11 milliards USD, soit 62.340 milliards Fcfa (2026). Le jeu n’en vaut visiblement pas la chandelle. Théodore Sinzé






















