MAÎTRE DU JEU. "Mieux vaut discuter que de faire la guerre. (...) Je n'ai pas de ligne rouge. Je suis prêt à discuter à tout moment." C'est un coup de tonnerre.

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Cette déclaration faite à la cantonade, le 2 juillet 2026, par Laurent Gbagbo est un virage à 180 degrés. Le "référent politique" du PPA-CI a pris le contre-pied du Comité central du parti. Cet organe exigeait, le 5 novembre 2025, "le rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel à travers l'organisation d'une élection présidentielle libre, transparente, inclusive et conforme à la Constitution."

La messe est ainsi dite. Le "brouhaha électoral", après le scrutin présidentiel du 25 octobre 2025, émaillé de troubles, est consommé et le quatrième mandat d'Alassane Ouattara, désormais acté.

De l'opposition au pouvoir, le chef de l'État montre qu'il a une longueur d'avance sur ses adversaires politiques. Et dans le landerneau, il apparaît comme le maître du jeu, faisant et défaisant le cours des évènements.

Dans son one man show orchestré, Alassane Ouattara a profité de l'appui de ventriloques et autres soutiens extérieurs. Au décès, le 7 décembre 1993, il a échoué dans son coup d'État constitutionnel. Et comme qui veut aller loin ménage sa monture, il a reculé pour mieux sauter.

Par conséquent, il a davantage densifié son réseautage politique, musclé ses relations et massifié son parti, le RDR. Alassane Ouattara a choisi de parvenir à ses fins et donc de donner du fil à retordre à Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo.

En bon joueur de poker et dans un travail de sape, il s'est patiemment préparé à prendre le pouvoir et par tous les moyens, y compris la force. Face aux obstacles dressés sur son chemin par le Code électoral et la Constitution de 2000, c'était la seule option pour être là où il est aujourd'hui, à la présidence.

En interne, il a bénéficié du soutien de deux alliés devenus rivaux : Gbagbo et Bédié. Le premier, alors secrétaire général du FPI, a activement participé à la création de son instrument politique, le RDR, pour fragiliser le PDCI-RDA et le légitimer dans ses démêlés judiciaires. Et non seulement Gbagbo menaçait de porter plainte contre l'État si Alassane Dramane Ouattara ne pouvait être candidat, mais il envisageait même un programme commun de gouvernement avec lui dans le cadre du Front républicain, coalition formée en 1995, contre le pouvoir de Bédié.

Ce dernier en a fait autant pour les beaux yeux de Ouattara. Renversé en décembre 1999, Bédié s'est rapproché de Ouattara pour fonder avec lui et en mai 2005, le RHDP, Rassemblement des houphouétistes pour la paix et la démocratie contre le régime de Gbagbo. Lui aussi l'a porté au pinacle.

HKB, selon son initiale, a fait baptiser, en novembre 2010, ADO du nom baoulé "Allah N'San" entre les deux tours de la présidentielle de cette année. Il a fait mieux. Il a passé par pertes et profits les 600 mille voix du premier tour (31 octobre) qui lui auraient été retranchées au profit de son allié, arrivé en deuxième position.

Bédié ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Comme Ouattara a donné son nom au troisième pont d'Abidjan, qui valait un autre mandat, disait-il, il a retiré la candidature du PDCI-RDA à la présidentielle d'octobre 2015, au profit de celle de Ouattara.

C'étaient des masques politiques sous les fourberies et hypocrisies politiques. A ce jeu de cache-cache, Bédié et Gbagbo qui croyaient utiliser Ouattara comme une échelle ont été pris à leur propre jeu. Ouattara les a attirés avant de les piéger pour les attaquer et les vaincre.

A la tête de l'État et dans leurs alliances, Bédié et Gbagbo ne se sont pas, en effet, comportés comme des boxeurs. Ils ont baissé la garde et oublié qu'à malin, il y a malin et demi.

Avec ses soutiens extérieurs et usant à outrance d'une vaste campagne de diabolisation et de lynchage, Ouattara sera un caillou dans leur soulier et les poussera dans leur dernier retranchement. Et le pays va alors s'installer dans son triangle des Bermudes.

"Nous frapperons ce pouvoir au bon moment et il tombera," prédisait Ouattara, en septembre 1999, alors que placé sous mandat d'arrêt international pour "faux et usage de faux", il était en exil en France (cf. Le Patriote du lundi 13 septembre 1999). Le 24 décembre 1999, Bédié est renversé par "un mouvement populaire", dira-t-il.

Ouattara est demeuré dans cette dynamique de neutralisation, à son tour, de Gbagbo. Il lui enverra les mêmes signaux de subversion. En juillet 2002, à Korhogo (capitale de la région du Poro), il mettait en garde. "Je n'attendrai pas cinq ans pour arriver au pouvoir." Car, fulminait-il dans Le Point, périodique français, "La Côte d'Ivoire va devenir ingouvernable". Promesse tenue.

Après l'échec de l'insurrection en décembre 2000 et du coup d'État en janvier 2001, une autre tentative de putsch militaire, en septembre 2002, du MPCI va se muer en rébellion armée pour renverser Gbagbo. Et Ouattara s'est débarrassé de ses alliés, les plaçant sous l'éteignoir pour diriger le pays.

Une contribution de

Ferro M. BALLY