L'ESSENTIEL EN 3 POINTS
- Maire de M'Bahiakro depuis septembre 2023, Raphaël Kouassi Diamala rêve grand pour sa commune. Son ambition est d’en faire un véritable pôle économique régional...
- Sujet d'actualité majeur décrypté par notre rédaction.
- Analyse des retombées et perspectives pour les acteurs concernés.
Maire de M'Bahiakro depuis septembre 2023, Raphaël Kouassi Diamala rêve grand pour sa commune. Son ambition est d’en faire un véritable pôle économique régional. A mi-parcours de son mandat, il parle de sa gouvernance, ses priorités, les réalisations et ses projets pour faire de sa commune un véritable hub économique régional.
« Être le plus proche des populations, travailler à satisfaire leurs besoins », c’est votre engagement, Monsieur le maire, lors de votre prise de fonction à la tête de la municipalité de M’Bahiakro. Où en sommes-nous après bientôt trois ans ?
Depuis notre prise de fonction, nous avons organisé une rencontre avec toute la population dans le cadre d’un budget participatif, afin de recueillir les besoins prioritaires de nos parents. Mais cela ne pouvait pas se faire sans vision, sans organisation. Nous avons approché le BNETD afin de nous faire un plan stratégique de développement sur 15 ans, 2025-2040.
Notre slogan, c'est vivre ensemble, bâtir l'avenir, pour qu'ensemble, nous puissions développer M’Bahiakro, qui depuis la sécheresse de 1985, est un peu aux oubliettes. Aujourd’hui nous n’avons plus d'activités, ni de véritables sources de revenus économiques pour nos parents. Nous avons mis ce plan stratégique de développement en place et approché les bailleurs de fonds, afin de pouvoir nous accompagner. Notre budget est passé d’environ 200 millions de FCFA à 1 milliard de FCFA en quelques années. Toujours dans cette démarche d’organisation, nous avons approché le Comité National de Télédétection et d'Information Géographique dont l’étude a permis de faire ressortir tout ce qui pourrait potentiellement générer des recettes pour avoir des fonds propres, afin de permettre à M’Bahiakro d'être autonome, en attendant la subvention de l'État. C’est globalement ce que nous avons essayé de faire avec les populations.
A l’instar du Plan National de Développement (PND), M’Bahiakro a un Plan Local. Parlez-nous en.
Pour un leader qui veut vraiment aller loin, il faut avoir un plan stratégique de développement pour permettre la continuité de l'action. Il me fallait ce plan à mon arrivée, pour m'orienter et pouvoir atteindre les objectifs et ne pas travailler dans le désordre. Voir les priorités dans chaque secteur et tout planifier afin d’élaborer des budgets qui soient objectifs, participatifs et qui permettront aux populations de pouvoir s'en sortir et donner un nouveau visage à M’Bahiakro.
Quels étaient vos projets prioritaires depuis votre arrivée ? Qu’est ce qui est attendu pour la suite ?
A notre prise de fonction, nous nous sommes prioritairement penchés sur l'éducation, la santé, la sécurité, et la création d’activités génératrices de revenus pour les populations. Sur le plan de l'éducation, nous avons réhabilité et construit de nouvelles écoles dans des villages qui n'avaient pas de bâtiments. Nous faisons chaque année des dons de matériel à l'inspection primaire et préscolaire pour permettre aux enseignants de travailler en attendant le matériel des COGES qui vient souvent en retard. Nous appuyons l'IEP pour que les instituteurs aient le matériel didactique nécessaire pour travailler. Nous avons réhabilité des bâtiments au niveau du lycée et constitué des archives. Cette année, près d’un million de FCFA ont été investis dans l’achat de fournitures pour les élèves de 6e.
Au niveau de la santé, afin de rapprocher les populations des différents villages des structures sanitaires, nous avons construit plusieurs dispensaires avec des logements pour les infirmiers. Nous avons sollicité l’aide de la LONACI qui nous a permis d'obtenir une ambulance au dispensaire de Kouassikro. Nous accompagnons aussi l'hôpital général à travers des produits d'hygiène et assurons des prises en charge pour les malades sans moyens.
Au niveau économique, notre cité est entourée d'eau et nous avons une grande plaine. Grâce à un don de l'État japonais, un projet de barrage gonflable a été mis en œuvre ainsi que l’irrigation de près de 450 hectares cultivables de riz pour assurer l’autosuffisance alimentaire des populations. Nous avons sollicité aussi Africa Rice pour les accompagner techniquement dans ce projet et leur fournir du matériel. Une convention a été signée avec des partenaires Égyptiens pour la culture de la tomate, de l'oignon et de la pomme de terre avec une transformation sur place. Nous avons aussi signé des partenariats avec des Canadiens qui nous ont demandé 5000 hectares de terres dans le cadre d’un projet au niveau de l'Afrique de l'Ouest. Ils arriveront très bientôt. Ce projet va donner du travail à nos jeunes et permettre à M’Bahiakro de se développer. Un projet d’élevage et de traitement de lait, est en cours, ainsi qu’une école agricole qui formera les jeunes. Nous avons mis un fonds de 5 millions de FCFA à la disposition des femmes, en collaboration avec la COOPEC. La jeunesse communale n’est pas en reste, elle bénéficie aussi d’un fonds pour mener ses activités.
Au niveau culturel, nous avons été 4e lors de la dernière édition de Wozo Vacances pour notre première participation. Nous avons organisé avec l'IEP des activités socio-culturelles pour les élèves. Ces activités permettent à nos enfants pendant les vacances d’apprendre leur culture, leur langue, et de s’imprégner de nos réalités.
Au plan sécuritaire, nous avons demandé et obtenu l'autorisation du ministère de l'Intérieur et de la Sécurité, l'arrêté pour construire un commissariat. En plus de cela, nous avons construit également un bâtiment pour la CRS à côté du commissariat qui est aussi achevé. Leur inauguration devrait avoir lieu en ce mois de juillet. La sécurité va permettre aux investisseurs de venir travailler sereinement et aux banques de s’installer. Et comme il n’y a pas de banque à M’bahiakro, nous avons eu l'accord de la BNI pour construire deux guichets dont les travaux sont presque achevés.
On vous voit très souvent sur les réseaux sociaux demander l’avis de vos populations, dans la cadre d’organisation d’activités ou pour recueillir leur avis sur votre gestion. Est-ce un modèle de gouvernance propre à vous ?
Oui ! C’est un modèle de gouvernance que j'ai toujours eu, parce qu'en tant que leader, il faut toujours demander ce que les autres veulent pour pouvoir leur donner satisfaction. Il ne faut pas imposer des idées auxquelles ils n'adhèrent pas. C’est ensemble, en conjuguant nos idées, que nous réussirons. C'est ma manière de gouverner.

L’état des routes est un réel défi dans la commune. Comment la mairie entend-elle relever ce défi ?
M’Bahiakro est une ancienne ville et nous lançons un appel au gouvernement. Nous avons eu des problèmes sur la voie de contournement. Nous avons écrit plusieurs fois aux autorités sans succès. La mairie est présentement en train de bitumer une route nationale qui traverse la ville. Nous exécutons aussi des travaux d’assainissement pour éviter les inondations. Et cette année, nous avons fait du reprofilage lourd au niveau de la ville. Nous sollicitons l'aide des bailleurs de fonds en attendant une réponse de l’Etat.
L’axe Ananda- M’Bahiakro long de 21 km nécessite une heure de trajet… sa réhabilitation est vivement attendue par vos populations.
Je me réjouis que vous ayez eu à emprunter cette voie. Vous constatez que cette voie nationale où nous devons acheminer les produits agricoles, transporter les malades qui doivent être transférés à Bouaké en ambulance, la route est vraiment dégradée. Nous lançons encore un cri de cœur au président de la République pour qu'il puisse étudier avec diligence, le cas de ce tronçon. Cela aura d’importantes retombées économiques et aussi sécuritaires pour la ville.
La question de l’assainissement et de la salubrité se pose dans de nombreuses localités. Quelle réponse apportez-vous à la situation ?
Quand nous sommes arrivés, nous l'avons constaté. Vous savez que l'État a créé l’Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANAGED) qui s'occupe de la salubrité. On a interdit aux communes désormais d'inscrire le matériel de salubrité dans la ligne budgétaire. Grâce à nos lobbyings, nous avons pu acquérir cette année du matériel avec l’ANAGED. Nous avons trouvé un site à Yerakro, à l'entrée de la ville. C'est rassurant parce que nous avons eu plusieurs missions de l’ANAGED). Le site a été validé afin d’y construire une décharge.
Au niveau de l'assainissement, nous lançons un appel à L'Office National de l'Assainissement et du Drainage (ONAD). Parce que M’Bahiakro est entouré d’eaux, c'est très difficile et coûteux pour faire des caniveaux. Nous cherchons aussi des bailleurs de fonds. Mais nous pensons que l'État peut nous aider avec le ministère de l’Assainissement, pour que nous puissions vraiment nous pencher sur ce projet. Si vous faites un tour du côté du quartier de N’guattakro, vous verrez qu'il faut vraiment un gros investissement pour sortir ce quartier de ce problème d'assainissement, d'inondation chaque année.
M’Bahiakro qui est quasiment entouré par le fleuve N’Zi, est confronté à de sérieux problèmes d’eau ? Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
M’Bahiakro est une vielle ville et nous avons un vieux château d’eau. Un nouveau avait été construit, mais qui tombe dans le N’Zi. Aujourd'hui, avec l’orpaillage clandestin qui sévit dans la zone, l’eau est polluée, ce qui rend le traitement plus difficile. Nous avons demandé et obtenu l'accord de l'Office National de l’Eau Potable (ONEP), pour un nouveau château qui va être construit au quartier de TéTé. Les sites ont été approuvés. Nous avons récemment eu recours à une citerne d’eau au regard de la qualité de l’eau des robinets. Il faut aussi des forages. Nous en avons fait beaucoup dans les villages avec l’énergie solaire. C'est une volonté de la municipalité, parce que nous voulons que les populations aient de l'eau potable. Nous sommes sur un autre projet qui nous permettra de relier ces forages aux maisons pour que les populations puissent avoir l’eau moins chère. Nous avons un autre projet d'électrification. Il s’agit de l’installation de panneaux solaires. Bientôt nous allons signer des conventions avec des partenaires américains. Les populations ne feront qu’installer des poteaux pour obtenir ces panneaux qui fourniront de l'électricité dans tous les villages.
Jeunesse, emploi quel est votre politique ?

Au niveau de la jeunesse, ma politique est de faire comprendre aux jeunes, qu’ils ne peuvent pas tous travailler dans des bureaux. Ils doivent eux-mêmes entreprendre des activités, en se mettant en coopératives. La mairie pourra ainsi les aider à concrétiser leurs projets. Récemment, nous avons eu un accord avec une direction qui doit former 80 jeunes. Le président Houphouët Boigny disait que le succès de ce pays repose sur l'agriculture. Nous avons des terres, nous avons de l'eau. Je pense qu'en entreprenant, en se mettant en coopérative, en association, on peut vraiment réussir. Ceux qui ont des talents au niveau artisanal, nous allons les accompagner, les encadrer. En partenariat avec MTN nous avons installé une salle numérique afin que les jeunes puissent apprendre davantage.
Vous avez visité récemment plusieurs pays en Europe. Des perspectives encourageantes pour votre commune ?
Nous avons signé par le biais de la DGDDN des partenariats d’un montant d’environ 7,6 milliard FCFA pour des projets qui prendront forme bientôt. Il s’agit de la construction d’usine, d’installation d’autres barrages gonflables. Nous en avons déjà informé les populations. Plusieurs conventions ont été signées. Ce sont des investissements qui se feront avec l'accord de l'État. Nous sommes une collectivité. Très bientôt aussi, nous allons avoir des logements sociaux. Une usine de transformation de manioc est aussi prévue, ainsi que la construction d'un supermarché, d’un marché moderne, des magasins.
La vie est chère à M’Bahiakro, à en croire les habitants. Est-ce un phénomène spécifique à la ville ?
Convenez avec moi qu’au plan national, tout le monde dit que tout est cher. Le ministère du Commerce fait des campagnes, des visites, pour vérifier les prix. C'est la même chose au niveau de M’Bahiakro, avec cette particularité que la ville manque d’activités économiques. Tant qu'il n'y aura pas d’usines pour offrir du travail et générer des revenus aux populations, celles-ci n’auront pas les ressources financières nécessaires pour monter de petites activités.
Quid de la cohésion sociale ?
C'est ce qui fait la spécialité de M’Bahiakro. Nous nous entendons bien, nous vivons en parfaite harmonie avec les allogènes, les autochtones. Vous n’allez donc pas distinguer les étrangers des nationaux, encore moins un baoulé d’un dioula ou d’un sénoufo. Il y a une très bonne entente. Je réunis régulièrement les chefs des communautés, nous échangeons. J’ai divisé la commune en arrondissements comme en Europe, où chaque adjoint au maire a en charge un quartier, un village. Cela leur permet d’être en contact permanent avec les habitants de ces entités.
Maire PDCI-RDA dans un environnement politique à forte coloration RHDP. Le courant passe-t-il bien ?
Comme je l'ai dit, lorsqu’on est maire, ce n’est pas la politique qui prime, c’est plutôt le travail qu’on abat quotidiennement pour le bien-être des populations qui compte. Nous recevons comme prévu, la subvention de l’État. La priorité d’un maire, c'est le développement de sa commune. C’est aussi son apport au PND qui est mis en place au niveau national et se répercute au niveau des communes. Nous n'avons pas de problème avec le pouvoir. Je pense que l'État va toujours nous accompagner parce que dans le développement, il n'y a pas de parti politique. Si une route est construite, le PDCI y passera, tout comme le RHDP, le PPA-CI et autres. S'il n'y a pas de routes, nous en souffrirons tous.
Vous avez beaucoup de projets. Mais quel est le projet majeur que vous voulez concrétiser avant la fin de votre actuel mandat ?
Avant la fin de ce mandat, je veux concrétiser ce projet de barrage gonflable. Cela nous permettra de faire de la riziculture irriguée et d’installer une usine de transformation du riz. Ce projet permettra aux populations d'avoir des revenus pour pouvoir se prendre en charge. Ces réalisations boosteront à coup sûr l'économie locale. M’Bahiakro doit être le hub économique de l'Iffou.
Quelle est votre politique pour amener la diaspora de M’Bahiakro à participer au développement local ?
A travers le site web que nous avons créé, nous leurs présentons nos potentialités. Forts de leurs acquis à l’étranger, ils pourront revenir au pays, en particulier dans leur cité natale pour investir.
Par Edmond Kouadio et Adama Balogoun





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