Ambassadeur de la Paix, membre du Bureau politique du PDCI-RDA et coordonnateur de l’Association des Élus et Cadres PDCI du Grand Centre, Excellence N’Guessan Amani Jacques livre, dans cet entretien, son regard sur la situation actuelle du parti. Il évoque la dynamique engagée depuis l’élection de Tidjane Thiam, la liberté du débat interne, la cohésion des militants, le travail de mobilisation conduit dans le Grand Centre et les perspectives de reconquête du pouvoir en 2030. Face à ceux qui décrivent un parti en crise ou en proie à la division, il oppose une autre lecture : celle d’un grand parti démocratique qui assume le débat, tire les enseignements de son histoire et se prépare, dans la discipline et la sérénité, à relever les défis de l’avenir.

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« Le débat interne n’est pas une faiblesse. C’est la respiration naturelle d’un grand parti démocratique »

*Excellence, quel regard portez-vous sur la vie du PDCI-RDA aujourd’hui, après l’élection de Tidjane Thiam à la présidence du parti ?*

Je voudrais d’abord rappeler une évidence : le PDCI-RDA est un parti historique, profondément enraciné dans l’histoire politique, sociale et institutionnelle de la Côte d’Ivoire. Il a traversé les générations, les épreuves, les alternances de la vie politique et les périodes difficiles. S’il y a une caractéristique qui définit le mieux le PDCI-RDA, c’est sa capacité de résilience.

Depuis l’élection de notre président, Tidjane Thiam, nous observons incontestablement une nouvelle dynamique. Le parti s’est remis en mouvement. Les militants se retrouvent, les cadres se rapprochent, les élus renouent avec le terrain et les grandes manifestations donnent à voir une mobilisation qui ne trompe pas. Mais, au-delà de la mobilisation, il y a quelque chose de plus profond : le sentiment retrouvé d’appartenir à une même maison politique.

Le PDCI-RDA demeure une grande famille. Et dans une grande famille, il peut y avoir des discussions, des désaccords, des sensibilités différentes. Ce qui compte, c’est la capacité à préserver l’essentiel : l’unité, la fraternité, la discipline et l’intérêt supérieur du parti.

Notre conception de la politique est héritée d’une longue tradition. Félix Houphouët-Boigny nous a enseigné que la politique ne devait jamais être une école de haine, mais une école de dialogue, de patience et de recherche permanente du compromis. Le président Henri Konan Bédié a également inscrit son action dans cette tradition de responsabilité, de dialogue et de respect de la dignité des militants. Aujourd’hui, Tidjane Thiam porte cette ambition de modernisation et de redynamisation dans un contexte nouveau. Il nous appartient de l’accompagner avec lucidité, loyauté et responsabilité.

Ceux qui parlent de crise confondent parfois débat démocratique et division.

*Pourtant, certains observateurs évoquent des tensions internes et présentent le PDCI-RDA comme un parti divisé. Que leur répondez-vous ?*

Je leur réponds simplement : regardons les faits plutôt que les impressions. Un parti qui ne débat pas est un parti qui s’éteint. Un parti dans lequel personne ne parle est peut-être discipliné en apparence, mais il risque de perdre sa capacité de réflexion et d’anticipation.

Le PDCI-RDA est un parti démocratique. Il existe donc une liberté de parole, une diversité de sensibilités et des débats. Cela ne constitue pas une crise. C’est la manifestation de la vitalité démocratique de notre formation politique.

Il faut faire une distinction fondamentale entre le débat et la rupture, entre la critique constructive et la déstabilisation, entre la diversité des opinions et la division. Nous pouvons ne pas être d’accord sur certains sujets. Nous pouvons avoir des approches différentes. Nous pouvons même exprimer publiquement nos préoccupations. Mais nous devons toujours avoir à l’esprit une vérité essentielle : le PDCI-RDA est plus grand que chacun d’entre nous.

Aucun cadre, aucun militant, aucun courant ne doit se considérer comme propriétaire du parti. Nous sommes tous des héritiers d’une histoire qui nous dépasse et des dépositaires d’une responsabilité envers les générations futures.

Ceux qui annoncent régulièrement la disparition du PDCI-RDA devraient peut-être regarder sa capacité extraordinaire à survivre aux épreuves. Le parti a connu des périodes difficiles. Il les a traversées. Il est encore là. Mieux, il se réorganise, se modernise et prépare l’avenir.

Le PDCI-RDA n’est donc pas un parti à liquider. C’est un instrument politique historique qu’il faut consolider, réformer lorsque cela est nécessaire et transmettre avec responsabilité.

*Le président Tidjane Thiam a livré un message à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Quelle lecture en faites-vous ?*

J’ai retenu de ce message une forte dimension républicaine et une volonté clairement affirmée de regarder l’avenir. Le PDCI-RDA est historiquement attaché à la République, à la paix, à la stabilité des institutions et à la construction d’une nation forte. Notre responsabilité aujourd’hui est de faire vivre cet héritage dans les réalités de notre époque.

La restauration et la redynamisation du parti ne sont pas de simples slogans. Elles supposent un travail considérable de réorganisation, de formation, de mobilisation et de renouvellement des méthodes. Tidjane Thiam est arrivé à la tête du parti dans un environnement politique profondément transformé. Il faut donc avoir le courage de reconnaître que le PDCI-RDA doit évoluer sans renier son identité.

C’est précisément là que se trouve le défi de notre génération : moderniser sans dénaturer, renouveler sans effacer, ouvrir sans renoncer à nos valeurs.

Je crois que le retour et la mobilisation des cadres et militants autour du parti traduisent cette confiance retrouvée. Nous devons cependant rester humbles. La politique est un marathon, pas un sprint. Le travail de reconstruction demande de la patience, de la méthode et une grande discipline collective.

« La contradiction peut être féconde lorsqu’elle reste au service de l’intérêt général »

*Vous refusez donc de parler de crise au PDCI-RDA. Comment qualifiez-vous les débats qui traversent actuellement le parti ?*

Je parlerais de débat démocratique et de recherche collective de la meilleure voie pour l’avenir. Le PDCI-RDA a toujours été une école de réflexion. Nous ne devons pas avoir peur de la contradiction. La contradiction, lorsqu’elle est respectueuse, peut être extrêmement féconde.

Mais il existe une limite que nous devons tous connaître : le débat ne doit jamais se transformer en affrontement personnel, en invective ou en entreprise de dénigrement.

Nous devons nous souvenir de la philosophie politique de nos devanciers. Houphouët-Boigny nous a appris la patience, le dialogue et le dépassement de soi. Bédié nous a enseigné, dans la continuité de cette tradition, l’importance de la dignité, de la responsabilité et de la préservation de l’instrument politique. Aujourd’hui, avec Tidjane Thiam, nous devons inscrire cette culture dans une nouvelle modernité.

La liberté de parole doit aller de pair avec la responsabilité de la parole. On peut critiquer une décision sans insulter celui qui l’a prise. On peut proposer une autre orientation sans vouloir détruire celui qui dirige. On peut défendre une conviction sans transformer son camarade en adversaire. C’est cela, à mes yeux, la maturité politique.

« Notre objectif doit être clair : préparer méthodiquement la reconquête de 2030 »

*À vous entendre, le débat interne participe donc à la préparation du parti pour les échéances futures ?*

Le débat n’a de sens que s’il nous permet de devenir meilleurs, plus organisés et plus efficaces. Nous devons avoir une ambition claire : faire du PDCI-RDA une force politique moderne, attractive, populaire, structurée et capable de répondre aux préoccupations des Ivoiriens.

La reconquête du pouvoir ne se décrète pas. Elle se prépare. Elle exige la proximité avec les populations, la formation des militants, l’encadrement des jeunes, la responsabilisation des femmes, le renouvellement des cadres, la maîtrise des réalités locales et surtout une présence permanente sur le terrain.

Nous devons également être capables de parler à toutes les composantes de la société ivoirienne. Le PDCI-RDA ne doit pas être perçu comme un parti fermé sur lui-même. Au contraire, il doit être une grande maison politique ouverte à toutes les compétences, à toutes les générations et à toutes les énergies qui partagent l’idéal de progrès, de paix, de justice et de développement. C’est dans cette ouverture que se trouve une partie de notre capacité de conquête.

« Nous devons réconcilier la politique avec la morale et le service de la nation »

*Quel rôle les valeurs doivent-elles jouer dans cette nouvelle étape du PDCI-RDA ?*

Elles doivent être au cœur de notre action. La politique sans morale devient rapidement une lutte pour les intérêts individuels. Or, le PDCI-RDA doit rester une école de service, de responsabilité et de dévouement. Nous devons apprendre à placer l’intérêt collectif au-dessus de nos ambitions personnelles.

Cela suppose de retrouver certaines vertus : la parole donnée, la loyauté, la discrétion, le respect de l’autre, l’écoute, la patience et le sens du devoir.

La politique ne doit pas être une compétition permanente entre ego. Elle doit être une confrontation pacifique des idées au service du bien commun. C’est cette philosophie qui a permis à notre parti de traverser les décennies. Et c’est également cette philosophie qui doit nous permettre d’aborder l’avenir avec sérénité.

« Le terrain est le meilleur baromètre de la réalité politique »

*Vous coordonnez l’Association des Élus et Cadres PDCI du Grand Centre, notamment à Yopougon-Songon. Quel bilan faites-vous du travail accompli ?*

Je peux dire que le bilan est encourageant. Notre responsabilité est avant tout de rapprocher les élus, les cadres et les militants. Nous travaillons à créer des passerelles, à favoriser les échanges et à renforcer la présence du parti sur le terrain.

À Yopougon-Songon comme dans les différentes zones du Grand Centre et partout ailleurs où nous sommes présents, nous constatons que les militants ont besoin de proximité, d’écoute et d’encadrement. Un parti politique ne vit pas seulement dans les bureaux ou dans les médias. Il vit dans les quartiers, les villages, les communes, les délégations, les sections et auprès des populations.

C’est pourquoi notre coordination privilégie les rencontres, la mobilisation et le dialogue. Lorsque les militants se retrouvent autour d’un idéal commun, lorsqu’ils participent aux grandes manifestations du parti et lorsqu’ils renouent avec leurs responsables, cela constitue un indicateur important de la vitalité de notre formation.

Notre ambition est de contribuer, à notre niveau, à la construction d’un PDCI-RDA plus proche des populations et davantage tourné vers les réalités quotidiennes des Ivoiriens.

*« Notre priorité : former, rassembler, mobiliser et préparer l’avenir »*

*Quelles sont désormais vos priorités au sein de cette coordination ?*

Nos priorités sont claires : rassembler, former, mobiliser et préparer l’avenir.

Nous devons renforcer la cohésion entre les élus, les cadres et les militants. Nous devons donner davantage de place à la formation politique. Un militant bien formé comprend mieux l’histoire de son parti, ses valeurs, ses responsabilités et les exigences de la démocratie.

Nous devons également préparer la relève. La jeunesse doit être considérée non comme une simple force de mobilisation, mais comme une force de proposition et de responsabilité. Les femmes doivent également occuper toute leur place dans la réflexion et dans l’action.

Enfin, nous devons maintenir le contact avec les populations. La politique moderne exige de savoir écouter avant de parler. Elle exige de comprendre les préoccupations des citoyens avant de leur proposer des solutions. C’est cette démarche qui permettra au PDCI-RDA de redevenir une force politique encore plus attractive et conquérante.

« Le PDCI-RDA doit être le parti qui rassemble au moment où la Côte d’Ivoire a besoin de cohésion »

*Quel message souhaitez-vous finalement adresser aux militants du PDCI-RDA et à l’opinion nationale ?*

Je voudrais d’abord dire aux militants : ayons confiance en notre parti et ayons confiance en nous-mêmes. Ne nous laissons pas distraire par les prophètes de malheur qui annoncent régulièrement la fin du PDCI-RDA. Notre parti a une histoire. Il a une doctrine. Il a une mémoire. Il a des militants. Il possède surtout une formidable capacité de résilience.

Mais cette confiance ne doit pas devenir de l’arrogance. Nous devons rester humbles, lucides et ouverts.

Aux cadres, je demande davantage de responsabilité dans la parole et dans l’action. Nous devons être des exemples pour nos militants. Lorsque nous parlons, nous devons mesurer la portée de nos propos. Lorsque nous débattons, nous devons préserver la fraternité.

Aux militants, je dis : ne vous laissez jamais enfermer dans les querelles de personnes. Le PDCI-RDA est plus grand que nos individualités.

Et à l’opinion nationale, je veux dire que le PDCI-RDA n’est pas un parti du passé. C’est un parti qui porte une mémoire historique, mais qui regarde résolument vers l’avenir. Nous voulons un PDCI-RDA moderne, ouvert, démocratique, rassembleur et conquérant. Un parti capable de parler à toutes les générations, à toutes les régions et à toutes les composantes de la nation.

Notre pays a besoin de paix, de stabilité, de dialogue et de responsabilité. Notre parti doit continuer à porter ces valeurs.

Le PDCI-RDA ne doit pas seulement chercher à conquérir le pouvoir. Il doit surtout se préparer à l’exercer avec compétence, responsabilité, justice et humanisme. C’est là que se trouve le véritable enjeu.

Nous sommes confiants. Nous sommes déterminés. Nous sommes au travail. Et surtout, nous sommes convaincus d’une chose : tant que nous préserverons l’unité, la discipline, le dialogue, la fraternité et l’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire, le PDCI-RDA demeurera une grande force de la vie politique nationale.

Le PDCI-RDA est vivant. Il est résilient. Il est debout. Et, avec ses militants, ses élus et ses cadres, il regarde l’avenir avec confiance.

Interview réalisée par CKL

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