A sa dernière conférence de presse, Bredoumy Soumaïla, porte-parole du PDCI-RDA et Secrétaire Exécutif en charge de la communication, a accusé son ex-Chef du Secrétariat Exécutif, Prof. Maurice Kakou Guikahué, d'avoir demandé à Tidjane Thiam de payer un an de cotisation et que feu le président Henri Konan Bédié aurait demandé à Thiam de payer 10 ans. Voici toute la vérité, selon Maurice Kakou Guikahué, qui s'est prêté aux questions du confrère L’Inter .
Monsieur le Ministre, en conférence de presse, le Porte-parole du PDCI vous a reproché d’avoir voulu faire signer à Tidjane Thiam un document attestant de son entrée au Bureau politique alors qu’il en était membre depuis 1996. Que dites-vous ?
Dans cette période délicate que traverse le PDCI-RDA, je me suis fait une philosophie de garder le silence, parce qu'il y a beaucoup de personnes qui parlent, qui attaquent, qui profèrent des injures sur les réseaux sociaux. Mais, ces personnes ne savent pas de quoi elles parlent. Donc, j'ai décidé de ne pas répondre. Aujourd'hui, vous êtes venu me solliciter, je romps ce silence spécialement parce que vous parlez d'un fait de gestion, et d'un fait historique. Et la personne qui a dit cela, ce n'est pas n'importe qui. C'est le porte-parole du PDCI et du président Tidjane Thiam, et de surcroit, il est parlementaire, vice-président de l'Assemblée nationale. Donc, c'est une personnalité crédible. S’il veut faire la relation des faits historiques, il doit être dans la vérité, parce que c'est une question de pédagogie. Permettez-moi de vous dire un peu comment les choses se sont passées.

Oui, le président Bédié est un président. Il peut recevoir qui il veut, les gens peuvent lui parler, mais la voie officielle, c'est ce que je vais vous dire, parce que j'ai été son chef de secrétariat exécutif. Voici comment s'est déroulé le processus de réintégration de Thiam au bureau politique. Dans la tradition, le congrès a pour mission de définir la politique générale du parti ; d'adopter les statuts ; de vérifier les finances du parti ; d'élire le président et d'élire le bureau politique. Chaque congrès remplit ces quatre missions. Donc, à chaque congrès, il y a un renouvellement des membres du bureau politique. Vous pouvez y rester comme en sortir. J'étais à Paris, en 2022, si je me souviens bien. J'ai un ami, Raymond Kadimo, qui habite Bruxelles. Il m'a appelé et m'a demandé si je pouvais recevoir notre jeune frère, Tidjane Thiam. Je lui ai répondu qu'il n'y a aucun problème. Il m'a dit : il n'est pas là, il est aux États-Unis, mais il viendra spécialement pour te rencontrer. Effectivement, Thiam est venu. On s'est rencontrés à Paris. On a échangé sur la vie de la nation. A la fin, il m'a dit : malgré tout ce que je fais pour le parti, je ne suis membre du Bureau politique. J'ai répondu que je m'en chargerais, j'en parlerais au président Bédié.
De retour de voyage, je me rends à Daoukro. Je fais le compte rendu intégral au président Bédié et je lui parle de la demande, la requête de Tidjane Thiam. Le président Bédié ne fait aucun commentaire sur ce point. Il ne dit rien. Et la séance de travail se termine.
Au cours d'une autre séance de travail à Daoukro, je lui dis : monsieur le président, je vous avais soumis le problème de Tidjane Thiam et vous n'avez pas donné de réponse. Il a répondu : oui, mais Tidjane Thiam est à l'extérieur. Est-ce que si on prend une décision que son nom sort comme ça, cela ne va pas lui créer des problèmes ? J’ai dit : monsieur le président, excusez-moi, je vais lui poser la question. Je suis sorti. J'ai appelé Thiam, j’ai dit voici ce que le président vient de dire. Il a répondu : ça ne me gêne pas. Je retourne en salle et je fais le point au président. Il me fait savoir : dis-lui de faire une demande écrite pour rentrer au Bureau politique. J’ai posé la question au président : pourquoi pour lui, vous demandez cela ? Il a dit : oui, d'accord. Fais-moi la décision. Donc, j'appelle ma secrétaire à Abidjan qui me prépare une décision qu’elle m'envoie par mail. Je fais tirer la décision et je la mets sur la table du président. Il a dit : bon, on va aller déjeuner. Et le témoin, c'est Mme Djénébou Zongo qui assistait à nos séances de travail, quand je travaillais avec le président Bédié. Djénébou Zongo était témoin de cette scène. Donc, le président a déposé le papier. Il dit : allons déjeuner. Après le déjeuner, j'ai dit : monsieur le président, j'attends mon papier pour partir. Il dit : bon, je te l'emmène après. C'est-à-dire la décision concernant Thiam.
A trois reprises, je l'ai relancé le président à Daoukro. Il a dit : je vais le faire. Il n'a pas fait. Jusqu'à ce qu'on arrive en mars 2023 au septième congrès extraordinaire. Dont l'ordre du jour était la mise en conformité des textes avec le nombre des membres du bureau politique. Et après ce congrès, comme ça se fait après chaque congrès, après ce septième congrès extraordinaire, le président Bédié m'a appelé au mois d'avril pour dire de constituer le nouveau bureau politique. Donc, voici la méthode qu'on a choisie. J'ai sorti la liste du bureau politique de 2013, du douzième congrès. Parce que de 2013 à 2023, il n'y a pas eu de congrès ordinaire. Donc, c'est le même bureau politique. J'ai sorti la liste de ce bureau politique et dans la liste, j'ai retiré tous les décès. Parce que cela faisait dix ans. Des membres du BP qui étaient décédés. J'ai enlevé tous les décès. Ensuite, en 2018, quand il y a eu la brouille entre le PDCI et le RHDP, il y a des cadres du PDCI qui nous ont quittés. Donc, tous ceux qui nous ont quittés, j'ai fait leur liste. Et puis, j'ai fait la liste d'une trentaine de jeunes cadres qui aspiraient à aller au bureau politique. Chaque fois qu'ils faisaient la demande au président, le président m'envoyait la liste. J'ai ressorti toutes les listes et dedans, j'ai introduit le nom de Tidjane Thiam. Le président a pris la liste, il l'a validée. Il a fait des annotations, les documents sont là, il l'a validée et il a dit : refais maintenant la nouvelle liste. Donc, on a extirpé les décédés, tous ceux qui sont partis du PDCI et on a intégré les nouveaux dont Tidjane Thiam. C'est comme ça qu'on a fait signer la décision du 6 mai 2023. Sinon, avant, le nom de Tidjane Thiam n'y était pas. Depuis 2002 au 11e congrès, tenu en 2002, son nom n'y était pas jusqu'au congrès extraordinaire de 2023. Je suis amusé de lire sur les réseaux sociaux un internaute dire que le 10e congrès s'est tenu en 2000. Mais en 2000, le président Bédié était en exil. Le 10e congrès s'est tenu en 1996. C'était le 10e. Le 11e, c'est en août 2002. Le 12e, c'est en octobre 2013. Et c'est le 13e qu’on préparait pour octobre 2023, quand le président Bédié est décédé en août. Donc voilà comment s'est passée l'intégration du président Tidjane Thiam. Et quand il est venu en Côte d'Ivoire, il est venu me saluer. Il m'a remercié et moi, ça me suffit. Donc il faut dire la vérité, il ne faut pas faire de contre-vérité. Parce que quand on est à ce niveau, les débats se font, mais les faits avérés, il faut les restituer en faisant l’effort de dire la vérité et pas par la manipulation. Parce que nous tous qui parlons, nous parlons pour la jeune génération, nous avons un rôle de pédagogie. Donc pas de commentaire, on doit relater les faits. Voici comment s'est déroulée la réintégration de Tidjane Thiam au bureau politique du PDCi-RDA.

A vous suivre, le président Tidjane Thiam aurait perdu sa qualité de membre du bureau politique à l'issue du congrès de 2002 ?
Oui. C'est en suivant la définition du congrès. Il a été réintégré. Pourquoi on a demandé une réintégration ? Si tu es dedans tu n’es pas réintégré. Il n'était plus sur les listes du bureau politique. Ça, c'est un fait. On ne peut pas le nier.
Monsieur le ministre, le porte-parole du PDCI-RDA, Bredoumy Kouassi, vous a reproché certains actes tendant à exclure Tidjane Thiam ou, du moins, à l’empêcher d’accéder à la présidence du PDCI-RDA. Concrètement, vous auriez, à l’époque, voulu faire payer à M. Thiam, une seule année de cotisation au Bureau politique en lieu et place de dix années comme ordonné par feu le président Henri Konan Bédié. Que répondez-vous ?
Non, ce n’est pas comme cela que ça s’est passé. Après la réintégration de Tidjane Thiam au bureau politique. Ses proches sont venus me voir pour dire qu’ils veulent payer ses cotisations. Je dis : puisqu'il vient de rentrer, vous payez l'année 2023, donc un an de cotisation dans l'application des textes. Et c'est là que j'apprends plus tard. Je n'ai pas discuté avec le président, donc il faut restituer les faits. J'apprends plus tard que le président a autorisé que Tidjane Thiam paye 10 ans d'arriérés de cotisation. Mais moi, Bredoumy dit une contre-vérité grave. Dans notre organisation, le président est le sommet et il y a deux branches. Il y a la branche financière qui est autonome et il y a la branche politique que moi je gère. Je ne gère pas les finances. Donc quand ils ont dit que le président dit de payer 10 ans, ils sont partis payer les 10 ans. Et je mets Bredoumy au défi de me sortir, parce qu'il a dit que j'ai signé les reçus, de me les sortir. Qu’il envoie les reçus que j'aurais signés ! Qu'il les envoie ! Je le mets au défi de sortir ces reçus. Et c'est une contre-vérité pour ne pas dire autre chose. C'est de la manipulation et je ne peux pas admettre ça. Que le président lui dise de payer 10 ans. Mais si moi, le président m'avait appelé pour me donner mon avis pour les arriérés, je lui aurais dit de payer 21 ans. Parce que de 2002 jusqu'en 2023, il n'a pas payé de cotisations. Depuis le 11e congrès, ça fait 21 ans. Ça ne fait pas 10 ans. Donc maintenant, c'est la décision du président. Le président, c'est lui qui représente le parti dans la vie civile. Il conduit la politique du parti. C'est lui qui la définit. C'est un organe. Il a décidé par pouvoir discrétionnaire que les gens payent des arriérés de 10 ans. Mais je n'ai fait aucun problème. Voilà la restitution de la vérité. Seulement, je serais curieux que Bredoumy mette en corrélation ses dires et les preuves. Qu'il sorte les bons de caisse que j'aurais signés pour que Thiam paie sa cotisation. Qu'il sorte ça ! Je le mets au défi de les sortir. C'est ce que j'attends : les preuves. Vous avez bien fait de venir à la source. Voilà comment les choses se sont passées. Je voulais faire une digression. Dans toute ma carrière, d'abord, je suis médecin. Donc, il y a un contrat de confiance qui m'a lié à mes patients. Donc, je ne dis pas n'importe quoi. Et en plus, j'étais un éducateur, je suis professeur titulaire de cardiologie. Toute modestie mise à part, je ne suis pas n'importe qui. Donc, tout ce qu'on m'a confié dans ma vie comme gestion, je l'ai fait avec rigueur.
D'abord, au ministère de la Santé. Il y a eu des bruits. Tout ça, c'est des légendes. Mais ma plus grande satisfaction, c'est Bamba Moriféré. Après le coup d'état de 1999, Bamba Moriféré a été nommé ministre de la Santé en 2000. Après trois mois, il a appelé un des amis que je connais. Il a dit, mais ton ami, le ministre Guikahué, c’est un monsieur bien, honnête. Je suis venu au ministère de la Santé, tout ce qu'on a raconté, j'ai fouillé partout, je cherche mais, c'est du faux. Et que tous les dossiers sont rangés. Chaque fois que tu demandes un tel dossier, très bien fait, on te l’apporte. Vraiment, bravo. Il a fait du bon travail. Et je pense que c'est le plus grand témoignage qu'on puisse me faire. Et c'est de la même façon, j'ai été rigoureux. Et quand j'ai quitté le secrétariat exécutif, les gens ont mis en place une commission qui a travaillé pendant trois mois pour chercher tout pour faire. Et la commission, quand ils sont venus à la passation, ils m'ont fait des éloges sur ma rigueur dans la gestion. Et j'en suis fier. Donc, je ne peux pas rester silencieux pendant qu'on manipule l'opinion et qu'on dise des contre-vérités. Les faits sont là. Je ne peux me taire face à des contre-vérités déblatéré par le porte parole du PDCI-RDA, qui est en pleine manipulation des militants par des mensonges. Il est loin de la vérité. Je voudrais vous remercier d'être venu prendre ma version.
Source: L’Inter N°8423 du jeudi 06 au dimanche 09 août 2026
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