Les destructions du village d’Adjamé, des quartiers Campement à Koumassi, de Zimbabwé et de Vridi Cité à Port-Bouët, de Gesco à Yopougon, de Gobelet à Cocody, ainsi que des aménagements de la berge lagunaire au Plateau, posent une question fondamentale : le District Autonome d’Abidjan est-il encore un instrument de développement ou est-il devenu un problème à la gouvernance locale ?


Ces destructions inopinées se soldant parfois par des pertes en vies humaines auxquelles s’ajoutent des conflits de compétences récurrents avec les maires des communes, révèlent non seulement les insuffisances des textes de lois qui encadrent le fonctionnement des uns et des autres, mais elles mettent surtout à nu le refus des autorités du District de mener leurs missions conformément à la loi et aux textes règlementaires en vigueurs.
En effet, on nous apprend que les maires des 13 communes du District Autonome d’Abidjan sont de facto membres du Conseil du District, l’organe de délibérations de cette institution de sorte que toute initiative envisagée par le District devrait être débattue préalablement par ce conseil afin d’éviter des conflits et autres drames auxquelles nous assistons actuellement.
Malheureusement, le refus du Gouverneur du District d’Abidjan de mettre en place cet organe, la seule habilitée à prendre des décisions amenuisent les opportunités de concertations avec les Maires. Pourtant, ces derniers ont un devoir de redevabilité vis-à-vis de leurs populations, à tel enseigne que les projets portés par des Communes, sont très souvent brutalement remis en cause.
Aussi, les drames humains qui résultent des destructions et autres déguerpissements menés par le District notamment à Zimbabwé dans la commune de Port-Bouët, ainsi qu’à Koumassi Campement, posent la question de savoir si la transformation de la Ville d’Abidjan doit se faire au profit ou au détriment des populations abidjanaises ? Il importe de savoir qu’une ville ne se construit pas seulement avec du béton, des routes et consorts ; elle se construit aussi pour la satisfaction, le bien-être et dans la confiance de ses habitants. Et cette confiance, une fois détruite, est bien plus difficile à reconstruire que n’importe quel bâtiment.

Ainsi, le problème qui se pose actuellement ne se limite plus aux destructions tous azimuts, il soulève la problématique même de l’opportunité d’un District dans la ville d’Abidjan.
En effet, les conflits récurrents avec toutes les communes font du District Autonome d’Abidjan, un véritable frein à l’autonomie des collectivités territoriales, puisqu’il se révèle tantôt comme une entité concurrentielle à ces dernières, tantôt comme un gendarme chargé de les mettre au pas, au grand dam du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, qui semble totalement impuissant et résigné, laissant les Maires à la merci du Gouverneur.
En sus, le manque de redevabilité du District vis-à-vis des populations abidjanaises dont il est pourtant chargé de participer avec les Mairies à leur plein épanouissant, le met en situation de mener toutes sortes d’opérations, notamment la destruction des réalisations publiques destinées aux populations, avec pour conséquence le gaspillage des deniers publiques, en ces temps de recessions économiques.
Face à cette situation, une réforme profonde s’impose : Le retour à la Ville d’Abidjan, comme dans les années 80, mérite d’être sérieusement envisagé.
En effet, revenir à la ville d’Abidjan, pourrait donner lieu à une organisation plus appropriée, reposant sur des compétences clairement définies. Et favoriserait une véritable coopération avec les maires. Elle donnera lieu à une organisation institutionnelle réglementaire plus lisible, étant donné que le Maire de la ville d’Abidjan tirera sa légitimité de son élection par ses paires des 12 autres communes.
En somme, le développement de la ville d’Abidjan ne peut se construire dans les confrontations permanentes, encore moins sur les ruines des investissements publics ou même privés notamment à Koumassi Campement où des propriétaires qui disposaient d'ACD ont vu leurs bâtiments détruits.
Quand une institution devient source de conflits permanents, que ses actions ne s’inscrivent pas dans le respect des lois, avec pour conséquences des pertes récurrentes en vies humaines et des destructions de biens, sans raisons et explications convaincantes, il est légitime de remettre en question son existence.
Abidjan a besoin d’une gouvernance efficace, responsable, respectueuse des lois, des vies humaines et de l’autonomie des communes. Si le District autonome ne garantit plus ces exigences, pourquoi ne pas revenir à la Ville d’Abidjan ?
Nos autorités doivent avoir le courage d’ouvrir ce débat. Il est franchement temps de choisir entre la multiplication des conflits institutionnels et une gouvernance aux services des populations.
FANNY ABRAHAM
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