Après le président Henri Konan Bédié, après le président Gaston Ouassénan Koné, après le président Joseph Cowppli-Bony, après la présidente Léopoldine Tiézan Coffie et alors que nous n’avons pas encore porté en terre le président Emile Constant Bombet, voilà, la nouvelle drue et affligeante qui nous assomme encore : La nouvelle du rappel à Dieu du président Alphonse Djédjé Mady. Lui aussi le sort nous contraint à parler de lui désormais au passé. Le professeur Alphonse Djédjé Mady était un homme pluridimensionnel. Il serait fastidieux de décrire en quelques lignes ce qu’il a fait, ce qu’il a apporté à la Côte d’Ivoire, au PDCI-RDA son parti.

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Parlant du professeur Mady, je ne peux pas ne pas me souvenir de son combat aux côtés du président Henri Konan Bédié, après le coup d’Etat de 1999 et après la tentative de coup d’Etat muée en rébellion de 2002, sur tous les fronts, parcourant les Capitales du monde pour retrouver la paix et la ramener en Côte d’Ivoire. C’est justement en cette année 2002 qu’à la fois sous ma casquette de journaliste et dans le cadre de mes débuts politiques, j’ai eu le privilège de commencer à côtoyer le Pr Mady. Il était le directeur de Campagne du président Henri Konan Bédié, face à qui était candidat Laurent Dona-Fologo, le secrétaire général sortant, au 11ème Congrès du PDCI-RDA. Au Quartier général de campagne du président Bédié, sis alors à la résidence du président Emile Brou, Pr Mady a fait montre de son dévouement politique, de sa loyauté et surtout de sa détermination pour le PDCI-RDA. Il nous a tous inculqués ces valeurs dont il fera montre jusqu’à son dernier souffle, hier. La mission, sous le magistère de Mady, fut réussie : Le président Henri Konan Bédié fut élu président du PDCI-RDA et Pr Alphonse Djédjé Mady désigné au Congrès secrétaire général du PDCI-RDA. Cette même année, je fus appelé au Secrétariat général, à ses côtés. Il est celui qui aura guidé mes pas, donné les armes politiques, aiguisé mon dévouement, transmis le gène de la résilience et de la loyauté. Avant mon entrée au Secrétariat exécutif sous l’égide du Pr Maurice Kakou Guikahué de 2017 à 2023.

Quelques semaines seulement après, éclate la crise militaro politique ivoirienne qui durera neuf ans. Et Mady dut commencer son Secrétariat général, aux côtés du président Henri Konan Bédié, dans une sorte de course contre la montre pour la recherche de la paix. Il était de toutes les missions avec le président Bédié à la recherche de la paix. A Marcoussis puis à Kléber, du 15 au 26 janvier 2003 à Linas-Marcoussis en France, Mady était de la délégation du PDCI-RDA conduite par le président Bédié à la rencontre avec les autres forces politiques de la Côte d’Ivoire et les envoyés des rebelles des Forces nouvelles, pour chercher à stopper la guerre civile en Côte d'Ivoire de septembre 2002 et trouver une issue à la crise politico-militaire. Il aura donc contribué à la signature de l'accord visant à restaurer la paix et à former un Gouvernement d'union. Après Marcoussis et Kléber, Pr Mady accompagna aussi le président Bédié à la tête du PDCI-RDA aux négociations d’Accra au Ghana entre 2002 et 2004. Accra I (le 29 septembre 2002) fut le premier sommet sous l'égide de la CEDEAO pour obtenir un cessez-le-feu rapide après le début de la rébellion le 19 septembre 2002. Accra II (7 mars 2003) : Les forces politiques ivoiriennes ont réaffirmé leur adhésion à l'Accord de Marcoussis et ont promis de l'aide pour former un Gouvernement d'union, sous l'égide de la CEDEAO et de l'ONU. Accra III (30 juillet 2004) : Un accord majeur a été signé sous la supervision de l'ONU et du Ghana pour relancer le désarmement des rebelles et faire voter des réformes politiques. A ces trois rendez-vous, Pr Mady était là. Mieux, il a assisté au tout premier tête-à-tête entre Bédié et Ouattara suivi d’un déjeuner. Il était également aux rencontres de Pretoria (I et II) avril et juin 2005 en Afrique du Sud, sous la médiation du président sud-africain Thabo Mbeki, mandaté par l'Union africaine, qui visaient à relancer le processus de paix enlisé. A la rencontre de haut niveau tenue à New York, au siège des Nations unies, en 2006 sous l'égide de l'ONU pour évaluer le processus de paix après la décennie de partition, Pr Mady était encore présent, aux côtés du président Bédié, au nom du PDCI-RDA. Et en sa qualité de secrétaire général du PDCI-RDA, Pr Alphonse Djédjé Mady était signataire de tous les communiqués.

En marge des sommets solennels, Mady était de ceux qui, avec le président Bédié, ont initié à Accra, tracé à Pretoria et peaufiné à New York le rapprochement de tous ceux qui se reconnaissent dans la vision et la philosophie de Félix Houphouët-Boigny. Il était de ceux qui avaient réfléchi et trouvé le nom de "Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix", qui a été mis sur les fonds baptismaux le 19 mai 2005 à la salle Monceau de Paris. Ce RHDP, plateforme de partis, comprenait le PDCI-RDA d'Henri Konan Bédié, le RDR d'Alassane Ouattara, l’UDPCI de Mabri Toikeusse, le MFA d’Innocent Anaky Kobenan. Mady est donc un des géniteurs du RHDP. Jusqu’en 2010, il a alterné les rôles de porte-parole et de président du Directoire du RHDP.

Après tous ces sommets et surtout fort des engagements pris par les uns et les autres, Pr Mady a organisé une tournée de réconciliation au Nord, dans le fief des rebelles. Il fut donc un des tout premiers leaders politiques à sillonner la zone occupée par la rébellion, pour parler de paix aux rebelles. De novembre 2010 à mai 2011, Pr Mady, secrétaire général du PDCI-RDA, à l’instar des autres Houphouëtistes, était au Golf Hôtel, aux côtés du Président Alassane Ouattara, avec tous les risques que cela comportait alors. Il y était surtout avec des prises de position courageuses.

En 2013, au 12ème Congrès ordinaire au Palais des Sports de Treichville, il se présenta contre le président Bédié (pour des raisons qui lui sont personnelles), il perdit, mais afficha sa fidélité au Parti. Il est rentré dans les rangs et est resté fidèle au PDCI-RDA jusqu'à ses derniers jours, malgré ses déconvenues et incompréhensions avec Bédié. C’est sous la bannière du PDCI-RDA qu’il a été élu député pendant près de quarante ans ; président du Conseil régional du Haut Sassandra pendant dix ans…

Le RHDP qu’il a contribué à concevoir, à faire naître en 2005 et à faire arriver au pouvoir en 2011 règne depuis 16 ans, mais Mady, l’homme de conviction est resté dans l’ombre. Il n’a pas été récompensé de 2011 à 2026, date de son décès. Même malade, il n’a pas eu de soutien de la part du régime RHDP, comme il se devrait pour service rendu à la Nation (Professeur d’Urologie, ministre de la Santé, membre-fondateur du RHDP). Pr Mady a rendu l’âme hier matin à la PISAM, avec une dernière phrase à la bouche : « Je suis fatigué… » Il part, sans avoir revendiqué la paternité de quoi que ce soit. Il part sans quémander une quelconque pitance. Il part sans crier trahison ni frustration. Il part en restant sur sa profonde conviction pour le PDCI-RDA. Il part en toute dignité, comme il a vécu. Donnant ainsi une belle leçon politique à tous. Il part, mais reste à jamais inoubliable !

Adieu, Professeur ! Adieu, monsieur le Ministre ! Adieu, "Général"! Adieu, monsieur le Député, Adieu, monsieur le président de Région ! Adieu, mon cher père et guide effacé de la rédaction du Nouveau Réveil.

Repose en paix "General", inoubliable Zimin !

Denis KHAH ZION

In Le Nouveau Réveil - Lundi 24 Août 2026 - N°7172

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