La Côte d’Ivoire demeure un pays à population majoritairement jeune. Toutefois, l’allongement de l’espérance de vie et l’augmentation progressive du nombre de personnes âgées annoncent une transition démographique importante. Cette évolution entraînera une augmentation des maladies dont la fréquence s’accroît avec l’âge, notamment la maladie d’Alzheimer et les autres formes de démence.

Vieillir ne signifie pas développer la maladie d’Alzheimer
La maladie d’Alzheimer n’est pas une conséquence normale ou inévitable du vieillissement. La majorité des personnes âgées ne la développent pas. Cependant, l’âge constitue son principal facteur de risque connu : plus une personne avance en âge, plus la probabilité de développer une maladie neurodégénérative augmente.
Ainsi, l’augmentation du nombre de personnes âgées en Côte d’Ivoire devrait accroître le nombre de familles confrontées aux troubles cognitifs, à la perte progressive d’autonomie et à des besoins d’accompagnement de longue durée.
Ce que révèle la première étude hospitalière ivoirienne consacrée à la maladie d’Alzheimer
Une étude publiée en avril 2026 dans la revue BMC Neurology apporte les premières données spécifiquement consacrées aux caractéristiques épidémiologiques et cliniques de la maladie d’Alzheimer en Côte d’Ivoire.
Cette étude rétrospective a analysé les patients reçus entre novembre 2018 et octobre 2022 à l’unité de consultation mémoire du service de neurologie du Centre hospitalier universitaire de Yopougon, à Abidjan.
Parmi les 295 personnes reçues en consultation mémoire :
36 cas de maladie d’Alzheimer ont été identifiés, soit 12,2 % des personnes ayant consulté ;
l’âge moyen des patients était de 70,5 ans ;
72,3 % avaient 65 ans ouplus ;
27,7 % avaient moins de 65 ans, ce qui montre que des formes à début précoce existent également ;
les femmes et les hommes étaient représentés à parts égales ;
environ 52 % des patients avaient un niveau d’études supérieur ou universitaire.
Sur le plan médical :
le délai moyen avant la consultation était de 3,3 ans, avec des situations allant jusqu’à 15 ans ;
83,3 % des patients avaient été orientés principalement en raison de troubles de la mémoire ;
l’amnésie antérograde, c’est-à-dire la difficulté à enregistrer et à mémoriser de nouvelles informations, était observée chez 83,3 % des patients ;
l’hypertension artérielle concernait 44,4 % des patients ;
le diabète concernait 19,4 % d’entre eux.
L’évaluation cognitive montrait une atteinte importante :
le score moyen au test MoCA était de 10,9 sur 30 ;
le domaine de la mémoire était altéré chez 89,2 % des patients ;
les fonctions visuospatiales et exécutives étaient altérées chez 64 % ;
l’attention était altérée chez 61,5 %.
À l’imagerie cérébrale, une atrophie bilatérale de l’hippocampe, région du cerveau jouant un rôle essentiel dans la mémoire, était observée chez 63,9 % des patients. Les lésions radiologiques étaient significativement plus prononcées chez les personnes âgées. Les antécédents de diabète et l’atrophie cortico-sous-corticale étaient associés aux formes sévères de la maladie.
L’étude souligne également les difficultés d’accès au diagnostic : un seul patient avait pu bénéficier du dosage des biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer. Le coût de cet examen dépassait 370 euros, auquel pouvait s’ajouter celui de l’IRM cérébrale.
Source : Kouassi K. L. et al., « Epidemiologic and clinical features of Alzheimer’s disease: a hospital study based on the memory clinic in Abidjan, Côte d’Ivoire, Sub-SaharanAfrica », BMC Neurology, vol. 26, article 324, 2026.
https://doi.org/10.1186/s12883-026-04867-9
Ce que cette étude ne permet pas de conclure
Le taux de 12,2 % ne représente pas la prévalence de la maladie d’Alzheimer dans l’ensemble de la population ivoirienne. Il correspond uniquement à la proportion de cas identifiés parmi les personnes reçues dans une consultation spécialisée de la mémoire.
L’étude porte sur unéchantillon de 36 patients. Les résultats ne peuvent pas être généralisés à toute la Côte d’Ivoire.Cependant, ce travail de recherche constitue une première base scientifique essentielle et confirme plusieurs réalités :
la maladie d’Alzheimer est présente en Côte d’Ivoire ;
elle touche principalement les personnes âgées, mais pas exclusivement ;
les familles consultent souvent plusieurs années après l’apparition des premiers signes
l’hypertension artérielle et le diabète sont fréquents parmi les patients étudiés ;
le coût des examens représente un obstacle important au diagnostic ;
le niveau d’études élevé ne protège pas totalement contre la maladie.
Les auteurs recommandent la réalisation d’études nationales portant sur des échantillons plus importants, ainsi qu’un meilleur accès à l’imagerie cérébrale et aux biomarqueurs.
Une forte augmentation projetée du nombre de personnes concernées
Une étude internationale du Global Burden of Disease 2019, publiée en 2022 dans The Lancet Public Health, estime que :
34 438 personnes vivaient avec la maladie d’Alzheimer ou une autre forme de démence en Côte d’Ivoire en 2019, avec un intervalle d’incertitude compris entre 30 002 et 39 416 personnes ;
ce nombre pourrait atteindre 178 367 personnes en 2050, avec un intervalle d’incertitude compris entre 143 742 et 216 796 personnes.
Cela représenterait une augmentation de 418 % entre 2019 et 2050.
Cette progression considérable serait principalement liée à la croissance démographique et au vieillissement de la population ivoirienne. En comparaison, l’augmentation projetée du taux de prévalence standardisé selon l’âge serait de 8,5 %. Cette différence montre que l’augmentation du nombre total de personnes concernées s’expliquerait principalement par le fait que la population ivoirienne deviendra plus nombreuse et comptera davantage de personnes âgées.
Ces chiffres concernent l’ensemble des démences, dont la maladie d’Alzheimer constitue la cause la plus fréquente. Il s’agit d’estimations établies à partir de modèles statistiques et démographiques, et non du résultat d’un recensement des personnes diagnostiquées en Côte d’Ivoire.
Source : Nichols E. et al., « Estimation of the global prevalence of dementia in 2019 and forecasted prevalence in 2050: an analysis for the Global Burden of Disease Study 2019 », The Lancet Public Health, 2022.
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC8810394/
Un enjeu sanitaire, social et économique
Le vieillissement de la population et l’augmentation attendue des démences auront des conséquences importantes sur :
la santé, l’autonomie et la dignité des personnes âgées ;
les familles, qui assurent actuellement l’essentiel de l’accompagnement quotidien ;
les femmes, souvent principales aidantes et également nombreuses parmi les personnes vivant avec une démence ;
les revenus et la vie professionnelle des aidants ;
les besoins en professionnels formés, structures d’accueil et services sociaux ;
les dépenses de santé et de protection sociale.
Dans un contexte où les structures spécialisées restent limitées, le poids de l’accompagnement repose essentiellement sur les familles. Celles-ci peuvent se retrouver confrontées à l’épuisement, à l’isolement, à des difficultés financières et à un manque d’informations sur la manière d’accompagner leur proche.
Agir dès maintenant
La Côte d’Ivoire doit anticiper cette évolution en développant :
une étude épidémiologique nationale sur la maladie d’Alzheimer et les maladies apparentées ;
la sensibilisation du public et la lutte contre les fausses croyances et la stigmatisation;
le repérage et le diagnostic précoces ;
la formation des professionnels de santé ;
un meilleur accès aux consultations mémoire, à l’IRM et aux examens diagnostiques ;
la prévention de l’hypertension, du diabète et des autres facteurs de risque modifiables;
le soutien psychologique, social et matériel aux aidants ;
des centres de jour et des services communautaires de proximité ;
un système national de collecte des données ;
un plan national Alzheimer et maladies apparentées.
Le vieillissement de la population est une avancée : vivre plus longtemps constitue un progrès. Le véritable enjeu est de permettre à chacun de vieillir dans la santé, la dignité et l’inclusion.
La Côte d’Ivoire est encore un pays jeune, mais elle doit se préparer dès aujourd’hui à son vieillissement. Anticiper la maladie d’Alzheimer, c’est protéger les personnes malades, soutenir leurs familles et permettre à chacun de vieillir dans la dignité.
14 Facteurs de risque de la démence :
#1 l’inactivité physique
#2 le tabagisme
#3 la consommation excessive d’alcool
#4 la pollution atmosphérique
#5 les lésions cérébrales
#6 la faible interaction sociale
#7 le faible niveau d’éducation
#8 l’obésité
#9 l’hypertension
#10 le diabète
#11 la dépression
#12 la déficience auditive
Pourquoi la déficience auditive est-elle un facteur de risque de démence ?
La déficience auditive, surtout lorsqu’elle n’est pas corrigée, est associée à une augmentation du risque de déclin cognitif et de démence. Elle ne provoque pas automatiquement la maladie d’Alzheimer, mais plusieurs mécanismes peuvent fragiliser progressivement le cerveau.
1. Le cerveau doit fournir davantage d’efforts
Lorsque les sons arrivent de manière incomplète ou déformée, le cerveau doit travailler davantage pour comprendre les paroles. Une part importante de l’attention et des ressources mentales est alors mobilisée pour « décoder » les sons, au détriment de la mémoire, du raisonnement et de la compréhension.
Une personne peut donc entendre une conversation sans réussir à bien l’enregistrer, simplement parce que son cerveau a consacré trop d’énergie à comprendre les mots.
2. Le cerveau reçoit moins de stimulation
Une audition réduite diminue les informations transmises aux régions cérébrales chargées du traitement des sons et du langage. À long terme, cette moindre stimulation pourrait contribuer à des modifications de l’activité et de la structure de certains réseaux cérébraux.
3. La personne risque de s’isoler
Les conversations deviennent fatigantes et les malentendus plus fréquents. Par gêne ou par peur de ne pas comprendre, la personne peut progressivement éviter :
lesrencontresfamiliales ;
lesactivitéssociales ;
leséchangestéléphoniques ;
les lieux publics ou bruyants.
Cet isolement réduit la stimulation intellectuelle et les interactions sociales. Il peut également favoriser la solitude et la dépression, elles-mêmes associées au risque de déclin cognitif.
4. Des facteurs communs peuvent affecter l’oreille et le cerveau
L’hypertension, le diabète, les maladies cardiovasculaires, le tabagisme et le vieillissement peuvent endommager à la fois les petits vaisseaux de l’oreille interne et ceux du cerveau. La déficience auditive peut donc être, dans certains cas, le signe d’une vulnérabilité plus générale plutôt que la cause directe de la démence.
Que montrentlesétudes ?
La Commission 2024 du Lancet estime que les personnes présentant une déficience auditive ont un risque de démence supérieur d’environ 37 % à celui des personnes sans déficience auditive. Elle attribue à ce facteur environ 7 % de la fraction potentiellement modifiable des cas de démence à l’échelle mondiale. Cette estimation repose principalement sur des études observationnelles : elle montre une association importante, mais ne prouve pas que la déficience auditive cause directement Alzheimer.
Que faire ?
Faire contrôler régulièrement son audition, particulièrement à partir du milieu de la vie.
Consulter devant une difficulté à suivre les conversations, une augmentation fréquente du volume ou des demandes répétées de reformulation.
Traiter les causes accessibles : bouchon de cérumen, infection ou autre affection de l’oreille.
Utiliser des appareils auditifs lorsqu’ils sont indiqués et apprendre à bien les utiliser.
Protéger ses oreilles contre les bruits intenses.
Continuer à participer aux conversations et aux activités sociales.
L’OMS confirme que la perte auditive non prise en charge est associée à une accélération du déclin cognitif et recommande l’utilisation d’appareils auditifs lorsqu’ils sont nécessaires. Organisation mondiale de la Santé
À retenir : Mieux entendre permet de rester en communication, socialement actif et mentalement stimulé : trois éléments importants pour préserver la santé du cerveau.
Demain nous aborderons le thème de l’impact de la maladie d’Alzheimer sur les femmes. Nous présenterons le treizième facteur de risque : #13 le cholestérol LDL élevé.
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