D'organisateur électoral en chef, Ibrahim Kyibiert-Coulibaly est aujourd'hui, le juge suprême des élections locales.

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Le gouvernement ivoirien a dissous la Commission électorale indépendante (CEI), le 6 mai 2026, pour la remplacer par une architecture à trois têtes : un organe logistique chargé de l’organisation matérielle; une instance de supervision du processus, et un dispositif de recensement des votes. Loin de rassurer l’opposition et la société civile, cette réforme est regardée avec beaucoup de réserves

L’exécutif présente cette « hydre à trois têtes » comme une réponse aux critiques de l’opposition, au nom d’une prétendue « modernisation et du renforcement de la crédibilité du dispositif électoral ».

Assurément, il y a maldonne. Le diagnostic est faux, et la prescription l’est tout autant. En effet, la CEI était une recommandation de l’accord de Marcoussis de janvier 2003, conçue pour garantir un équilibre dans la gestion des scrutins. Son échec ne tient pas à un vice congénital, mais aux appétits de ceux qui gouvernent et qui, depuis des années, violent les règles du jeu démocratique.

Comme l’a rappelé Pascal Affi N’Guessan, « les mêmes causes produisent toujours les mêmes conséquences ». Or, en dissolvant la CEI sans concertation préalable, le gouvernement reproduit exactement les méthodes qui ont discrédité l’ancienne institution.

Comment cette nouvelle architecture pourrait-elle restaurer la confiance quand les mêmes logiques de pouvoir prévalent ?

Le PDCI a dénoncé une « décision unilatérale » et une « opacité » autour du budget alloué à la révision de la liste électorale. Simone Gbagbo réclame un « organe électoral véritablement et totalement indépendant », tandis que le Forum de la société civile de l’Afrique de l’Ouest (Foscao-ci) exige un calendrier "clair"

L’opposition craint que la nouvelle structure ne soit qu’un outil de plus entre les mains du pouvoir, d’autant que des rumeurs évoquent un rattachement au ministère de l’Intérieur. Comme le met en garde Ahoua Don Mello, « il ne faut surtout pas remplacer la peste par le choléra ».

Mais le plus grave est ailleurs. Sous prétexte de réforme, la révision de la liste électorale (Rle) n’aura probablement pas lieu en 2026. A trois mois de la fin de l’année en cours, cette obligation légale sera royalement ignorée, comme tant de fois lorsque la Cei était placée sous le magistère de Ibrahim Kuibiert Coulibaly. Depuis, le magistrat hors hiérarchie a acquis de nouveaux galons. Il est l’actuel président du Conseil d’Etat qui n’est autre que le juge suprême des élections locales.

Or, dès 2027, les élections municipales se tiendront avec toujours le même listing vigoureusement contesté par l’opposition. Pire : des figures majeures comme l’ex-président Laurent Gbagbo et le président du Pdci, Tidjane Thiam, y ont été radiées pour des motifs discutables.

Gbagbo a été exclu suite à une condamnation pour le « braquage » de la BCEAO en 2011, tandis que Thiam a été radié au motif qu’il aurait perdu sa nationalité ivoirienne en acquérant la nationalité française. Depuis qu’il a renoncé à cette nationalité française, les autorités publiques estiment qu’il a « réintégré » la nationalité ivoirienne.

Quatre poids lourds de l’opposition – Gbagbo, Thiam, Blé Goudé et Soro – ont ainsi été écartés, privant des millions d’électeurs de leurs représentants légitimes.

Une révision de la liste pourrait régler ces cas et contribuer à la normalisation politique. Mais le gouvernement semble jouer la montre. En reportant la Rle à la Saint-Glinglin, il se ménage un argument commode : à la veille des scrutins, il pourra invoquer l’urgence et le manque de temps pour justifier le maintien d’une liste contestée.

La Côte d’Ivoire connaît une histoire douloureuse de violences électorales. La crise post-électorale de 2010-2011 a fait plus de 3 000 morts. Les élections de 2020 ont été marquées par des affrontements meurtriers. À chaque fois, la question de la liste électorale et de l’impartialité de la Cei a été au cœur des tensions. En choisissant une réforme unilatérale et en reportant la révision de la liste, le gouvernement ne fait qu’attiser les braises.

La réforme électorale ne saurait être un prétexte pour verrouiller le jeu démocratique. L’indépendance, la neutralité et l’impartialité de l’organe électoral doivent être garanties, et la liste électorale doit être revue de manière consensuelle. Tant que ces conditions ne seront pas remplies, la Côte d’Ivoire restera prisonnière d’un cycle de crises électorales dont le prix est payé par le peuple ivoirien.

Théodore Sinzé, sur opr.news

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