S’endetter en devises étrangères - USD, EUR peut sembler attractif : taux plus bas, maturités longues, investisseurs internationaux. Mais quand c’est excessif, ça devient un piège. Voici les 5 risques majeurs :

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́ 1. Risque de change égale effet boule de neige
Tu empruntes en USD, mais tes recettes fiscales et le PIB sont en franc CFA. Si le franc CFA se déprécie face au dollar, ta dette en valeur locale explose. Alors, tu dois trouver plus de francs CFA pour rembourser le même montant en USD. 
Exemple concret : une dette de 1 milliard USD = 600 milliards FCFA à 1 USD = 600 FCFA. Si le dollar passe à 700 FCFA, ta dette vaut maintenant 700 milliards FCFA, soit 100 milliards de plus à payer, sans avoir emprunté 1 franc de plus.

2. Perte de souveraineté monétaire et budgétaire 
Quand une grande partie du budget national part au service de la dette en devises, l’État perd ses marges de manœuvre. Le FMI (Fonds Monétaire International) ou les créanciers imposent des « réformes structurelles » : coupes dans les subventions, gel des salaires, privatisation, etc. Pour rembourser, il faut ré-emprunter en devise. C’est la dépendance.

3. Vulnérabilité aux chocs externes 
Tu ne contrôles pas les taux de la Réserve fédérale américaine (Federal Reserve, Fed) ou de la BCE (Banque centrale européenne). Si les taux US montent, le dollar se renforce et le coût des nouveaux emprunts grimpe. Dans l’autre cas, lorsque le prix des matières premières chute, il y a moins de devises qui entrent afin de rembourser la dette.
Exemple : La Zambie en 2020 puis le Ghana en 2022 ont tous eu des défauts de paiement en partie à cause de cette situation.

4. Effet d’éviction sur le secteur privé 
Un État qui emprunte massivement en devises à l’international rassure moins les banques locales. L’État capte les devises du pays pour rembourser, les entreprises locales ont du mal à importer des machines ou des intrants, ralentissant ainsi l’investissement privé. Il ne faut pas oublier que le rôle du secteur privé n’est pas de financer le développement économique. En effet, s’il n’y a pas d’eau potable ou d’électricité à Abobo ou à Toumodi, les investisseurs privés ne se sentiront pas concernés.

5. Crise de balance des paiements
Trop de dettes en devises correspondent à besoin constant de dollars/euros pour payer les intérêts. Si les exportations, les IDE (Investissements Directs Étrangers) ou encore l'aide extérieure baisse, on assiste à une pénurie de devises. Risque ultime : incapacité à payer les importations vitales, notamment le carburant, les médicaments, le riz. Dévaluation forcée, inflation importée, crise sociale.
La règle d'or pour les économistes est qu'un pays devrait s’endetter dans la monnaie dans laquelle il gagne son argent. Concernant la Côte d’Ivoire, ça veut dire privilégier le franc CFA et l’euro, et limiter le dollar sauf si on a des recettes en USD.
Le Ghana est devenu un cas d’école des dangers de l’endettement excessif en devises étrangères. Entre 2013 et 2022, le Ghana a multiplié les eurobonds : des emprunts sur les marchés internationaux en dollars. Pourquoi ? Taux bas après 2008, gros besoins en infrastructures et déficit budgétaire chronique. Le piège : en 2022, plus de 50% de la dette publique ghanéenne était en devises. Le service de la dette équivalait à 70% des recettes fiscales, alors qu'il ne restait presque rien pour le paiement des salaires, la construction des écoles, des hôpitaux, etc.
Trois chocs ont tout fait basculer en 2022. La Fed a remonté ses taux, le dollar s’est renforcé et la dette du Ghana en USD est devenue plus lourde en Cedi.
À cela, il faut ajouter la guerre en Ukraine qui a fait exploser le prix du blé et du carburant. Important tout en USD, le Ghana a dépensé massivement ses devises. La suite on la connaît, le Cedi a perdu 55% de sa valeur face à l’USD la même année. 1 milliard USD à rembourser a coûté 55% plus cher du jour au lendemain.
Les conséquences ont été immédiates. En décembre 2022, le Ghana a annoncé qu’il ne pouvait plus payer sa dette extérieure avec suspension du service de la dette sur eurobonds, prêts bilatéraux, etc. L’inflation a atteint 54% en décembre 2022. Importer est devenu hors de prix et les prix de l’essence, du pain, des médicaments ont doublé. Pour obtenir 3 milliards USD d’aide, le Ghana a accepté un programme FMI avec austérité sévère : gel des embauches publiques, suppression de subventions sur l’électricité/carburant, hausse de la TVA. Les créanciers privés ont accepté 37% de décote sur la dette. Les banques locales ghanéennes qui détenaient des obligations d’État ont enregistré d’énormes pertes. La crise sociale s’est installée avec fermeture d’entreprises, chômage galopant et des manifestations de rue. Les épargnants ont vu leurs placements d’État bloqués.
Au final, le Ghana qui ne produisait pas assez de dollars via ses exportations de cacao, d’or, de pétrole est obligé de couvrir sa dette en dollars. Et quand le coût du dollar a flambé et que le Cedi s’est effondré, le pays s’est retrouvé coincé : gagner en Cedi, rembourser en USD. C’est exactement le risque de change dont on parle : l’excès d’endettement en devises transforme un choc externe en crise nationale à l'avenir.
Faisons attention !!!

Traoré Souleymane Muluku
Ancien fonctionnaire de la SFI (Société Financière Internationale) du groupe Banque Mondiale

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