Fraternité Matin, le quotidien ivoirien proche du gouvernement, a donné l’occasion à la députée de Cocody, l’Honorable Yasmina Ouégnin, en poste depuis 2011, de se prononcer sur l’actualité de la Côte d’Ivoire, en cette année électorale, avec en ligne de mire la présidentielle d’octobre 2025. Mais avant, elle s’est consacrée à donner les raisons profondes des crises qui secouent son parti, le PDCI-RDA, depuis des années et cette année encore. Première partie de l’interview.

Vous êtes députée de Cocody depuis fin 2011, et avez souvent été une voix critique au sein de votre famille politique. Comment décririez-vous votre évolution politique et votre rôle actuel au PDCI-RDA, un parti que vous n'avez pas hésité à challenger publiquement ?
Quatorze années durant, je me suis consacrée au service de mon pays, en m’efforçant de porter, les diverses attentes des populations, relativement aux préoccupations majeures de leur quotidien. Bien entendu, c’est tantôt sous la bannière de ma famille politique que cet engagement s’est manifesté, mais par la force des choses, c’est aussi sans étiquette partisane que certaines séquences de ces combats, ont pu être menées. Mon expérience politique m’a permis de mesurer la difficulté de vouloir concilier l’intérêt du peuple et les calculs d’intérêts partisans. Lorsqu’il m’est arrivé, plusieurs fois d’ailleurs, de privilégier le bien du plus grand nombre, j’ai dû certes en payer le prix cher, mais je ne le regrette pas. Dieu merci, je conserve encore et toujours cette logique critique, même si ça ne plaît pas à certains qui entendent faire du PDCI-RDA une parcelle de leur domaine privé.
Vos prises de position vous ont valu plusieurs suspensions et sanctions émanant de la Direction du PDCI-RDA. Comment avez-vous vécu ces moments, notamment en sachant que de nombreux militants partageaient vos opinions ?
Dès lors que mes idées et mes actions s’alignent sur les aspirations de la majorité silencieuse, je ne fais pas attention aux sanctions qui, en réalité, émanent des cercles d’intérêts particuliers au sein du PDCI-RDA. Comme vous le relevez si bien, la base a majoritairement été en phase avec mon approche, tandis qu’une partie du sommet a très souvent jugé bon de m’ostraciser.
En tout état de cause, je demeure droite dans mes bottes en toutes circonstances.
Le PDCI-RDA traverse ces derniers temps, une crise, avec des divergences internes majeures qui ont créé des tensions entre factions. Comment analysez-vous cette situation et quelles en sont, selon vous, les causes profondes ?

Il n’y rien de plus déplorable que d’assister à ces escarmouches fratricides, surtout en cette année électorale si particulière. Vous noterez que pour l’essentiel, ces différends ont pour point d’ancrage les interprétations à géométrie variable que les uns et les autres donnent aux textes qui gouvernent notre parti. Par ailleurs, le départ brutal du Président BÉDIÉ a, semble-t-il, libéré les ambitions trop longtemps contenues. Aujourd’hui, nombreux se disent que c’est Leur moment, là où il importe de faire plutôt chorus et de se serrer les coudes pour, ensemble, mettre fin à un quart de siècle d’opposition. Je l’ai répété sans m’en lasser, l’unité de notre famille politique et la cohésion entre ses membres, demeurent des pré-requis incontournables à la reconquête du pouvoir. Ce n’est pas une exigence nouvelle, puisque nos échecs répétés prennent, hélas, leur source dans ces combats d’arrière-garde. Dans notre marche vers la reconquête du Pouvoir d’Etat, cet indispensable rassemblement doit se faire en consultation permanente des organes statuaires de notre Parti, le Bureau Politique par exemple, afin de permettre une plus grande adhésion de la base. Nos objectifs communs, adossés à la vision actuelle, exigent une meilleure implication de toutes les instances, à tous les niveaux de responsabilité.
Très tôt, vous vous êtes catégoriquement opposée à « l’appel de Daoukro » en 2014, puis avez voté « NON » à la réforme constitutionnelle de 2016. Ayant été lourdement sanctionnée par la Direction de votre parti pour vos positions, comment analysez-vous les dynamiques actuelles qui finalement donnent du crédit à vos mises en gardes d’antan ?
À bien y regarder, la configuration actuelle de l’échiquier politique, valide les réserves de ceux et celles qui, comme moi, n’attendaient rien de l’Appel de Daoukro en 2014, encore moins de la réforme constitutionnelle de 2016.
Lorsque, dès 2018, ces arrangements se disloquent, il ne faut pas être un savant pour comprendre que la confiance n’était pas au rendez-vous. À titre personnel, je ne tire aucune satisfaction de voir que malheureusement, mes anticipations étaient fondées ; je me désole simplement que les choix stratégiques discutables de notre parti, à cette époque, se fondent sur des vecteurs encore présents dans la matrice du PDCI-RDA. Certaines pratiques, en cours ces 25 dernières années, sont des obstacles à la prise en compte d’opinions alternatives et d’approches différenciées, quant aux stratégies à exploiter par le Parti. A quelques rares exceptions près, la Haute Direction se réfère principalement aux personnes et méthodes qui bien souvent ont montré leurs limites.

Or comme le disait si bien Einstein, la Folie c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent.
Le PDCI-RDA qui était un élément important au sein du RHDP, s’en est retiré ces dernières années. Aujourd’hui, votre parti a scellé diverses alliances, notamment avec le PPA-CI. Quelle est votre lecture du jeu d’alliances qui a cours actuellement et comment pourrait-il influencer l'échiquier politique national ?
En termes d'alliances, il faut comme je l’ai dit distinguer les actions menées dans le cadre de la Coalition pour une Alternance Pacifique, et les manœuvres concertées en Front Commun avec le PPA-CI, en vue de mettre la pression sur le pouvoir sortant. Selon la lecture que je peux en faire, dans le premier cas, il s'agit d'une préoccupation de forme qui est de s'offrir un cadre démocratique et transparent pour des élections régulières, alors que dans le second, nous sommes dans une dynamique d'actions communes sur des questions de fonds, telles que l'inclusivité du scrutin, et l'opposition à un quatrième mandat.
Face à un régime qui s'arc-boute à son pouvoir, j'approuve ces démarches collectives menées par le PDCI-RDA, en synergie avec divers acteurs du terrain politique.
Je note, cependant, que l’impact de ces deux collaborations que sont CAP CI et Front Commun, sur le cours de l'histoire de notre pays sera fonction du degré de bonne foi, donc de confiance, dont les uns et les autres feront preuve. Je voudrais ici, inviter la Haute Direction du PDCI-RDA à tirer tous les enseignements de l'expérience ratée au sein du RHDP…
GRO avec FratMat
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