Abidjan, le 1er septembre 2025

Mesdames et Messieurs les responsables politiques ivoiriens,

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Mesdames et Messieurs les représentants de la Communauté internationale,

La Côte d’Ivoire, notre pays commun, est de nouveau à la croisée des chemins. À l’approche des élections présidentielles, le climat politique s’alourdit, les tensions s’exacerbent, et les signaux d’une nouvelle crise se multiplient. Une fois encore, les germes de l’instabilité, semés par l’exclusion politique, la manipulation institutionnelle et le mépris du cadre démocratique, menacent de produire les mêmes fruits amers que nous avons déjà connus.

Dans ce contexte préoccupant, je tiens à saluer, avec gravité et lucidité, le courage intellectuel du Garde des Sceaux, M. Sansan Kambilé, qui, par sa prise de position mesurée mais claire, a su défendre l’esprit de notre Constitution.

Alors que certains s'enferment dans le silence complice ou la justification cynique de l’injustifiable, M. Kambilé avait défendu avec fermeté la limite constitutionnelle de deux mandats présidentiels devant l'Assemblée Nationale. Il a également, par l’intermédiaire de son Directeur des Affaires judiciaires, confirmé la nationalité ivoirienne de M. Tidjane Thiam, dans un contexte de harcèlement judiciaire orchestré contre ce dernier.

Contrairement à d’autres figures du pouvoir qui versent dans les outrances ou la duplicité, M. Kambilé choisit la réserve, mais sans renier les principes fondamentaux de l’État de droit. Ce positionnement, dans un environnement politique aussi menaçant, n’est pas anodin. Il témoigne d’un certain sens de l’histoire, et peut-être d’un sursaut moral.

Mais au-delà des cas individuels, le cœur du problème ivoirien est structurel et systémique. Il ne s'agit plus seulement d’inclure ou d’exclure un candidat. Il s’agit de garantir à tous les citoyens, sans distinction d’origine, d’ethnie ou de parti, le droit de choisir librement leurs dirigeants dans un cadre électoral transparent, crédible, et équitable.

Or, ce cadre est aujourd’hui profondément vicié.

La Commission Électorale Indépendante (CEI), telle qu’actuellement constituée, est manifestement déséquilibrée et soumise à des influences politiques directes. Le Conseil Constitutionnel, quant à lui, perdrait sans doute l’apparence d’impartialité, en validant des candidatures manifestement contraires à la Constitution, tout en écartant éventuellement, de manière abusive, des figures majeures de la vie politique nationale. Toutefois espérons l'inclusion des candidats radiés, sans pour autant atténuer le caractère illégitime d'une candidature à un quatrième mandat.

Nous ne pouvons pas, en tant qu’héritiers d’un pays meurtri par la guerre et les crises successives, nous permettre de rejouer ce scénario fatal.

Un appel à la responsabilité collective

Si, hier, le Président Gbagbo a dû concéder l’éligibilité d’un candidat exclu par les dispositions Constitutionnelles, pour mettre un terme à une guerre, il serait aujourd’hui irresponsable — voire suicidaire — de raviver le feu de la division en excluant, de façon arbitraire, un Ivoirien de sang comme Tidjane Thiam, ou en empêchant Laurent Gbagbo, toujours populaire et porteur d’une mémoire nationale, de se présenter.

Il est urgent que la classe politique ivoirienne prenne ses responsabilités. Il est tout aussi urgent que la Communauté internationale, souvent prompte à féliciter des simulacres de démocratie, sorte de son silence complice et joue pleinement son rôle de garant des processus électoraux justes.

Un sursaut national est indispensable

Nous en appelons à un report immédiat des élections dans leur format actuel, afin de convoquer une table ronde nationale, sur le modèle des Accords de Marcoussis, sous la supervision des Nations Unies et avec la participation de toutes les forces vives de la nation.

Ce dialogue inclusif, ouvert et sincère, devra permettre :

La recomposition consensuelle de la CEI,

La réhabilitation de tous les candidats injustement écartés,

La révision de la liste électorale,

La garantie de l’impartialité des institutions judiciaires,

Et la définition des conditions d’un scrutin véritablement démocratique.

Allons tous ensemble à “Marcoussis II”

C’est là que tout avait commencé. C’est là que nous devons retourner, symboliquement et politiquement, pour clore ce cycle infernal de violences, de trahisons et d’instabilité, et ouvrir enfin une ère de réconciliation véritable, de justice et de fraternité nationale.

L’histoire nous regarde. Le peuple ivoirien aussi. Et il a trop souffert pour que nous restions silencieux ou passifs.

Il est temps d’agir. Tous, ensemble, pour la paix, pour la démocratie. Pour la Côte d’Ivoire.

Respectueusement,

Un citoyen ivoirien attaché à la justice, à la vérité et à l’avenir de son pays.

NAWLÈH BAH