L’année 2025 est une année charnière, disent certains acteurs politiques, avec la présidentielle d’octobre 2025 en ligne de mire. Les tensions montent graduellement, à mesure que le mois d’octobre approche. Et les lanceurs d’alertes se dévoilent chaque jour. C’est le cas de Me Yao N’GUESSAN, Ivoirien et Avocat honoraire à la Cour d’Appel de Paris. Il tire sur la sonnette d’alarme quant à la paix qui est menacée en Côte d’Ivoire à l’approche de l’élection présidentielle 2025, et interpelle les Ivoiriens dans leur ensemble et les politiciens en particulier. Lisons ensemble.

LES IVOIRIENS FACE A LA PAIX

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De façon générale, hier comme aujourd’hui, les superpuissances – USA, RUSSIE, CHINE, parlent abondamment de Paix. Et pourtant ces dernières ainsi que les puissances moyennes – FRANCE, ANGLETERRE, COREE DU NORD etc. s’arment à outrance tout en chantant l’Evangile de la paix. Seule une pensée guide ces faux adeptes de la concorde « Si vis pacem, para bellum » (Si tu aimes la paix, prépare la guerre). Aujourd’hui, alors que le nombre des puissances augmente, la paix semble rester un slogan creux, pourtant il n’y a rien de plus précieux pour l’homme que la paix !

Qu’entendons-nous par le mot paix ?

Certains définissent ce terme comme étant l’absence de guerre ou de dissensions. C’est comme s’il ne peut se définir que par rapport à la barbarie humaine ou au désordre. D’autres aussi disent : il vaut mieux une bonne guerre qu’une mauvaise paix. Ce qui est une grande hérésie ! Car il n’existe pas de bonne guerre, laquelle ne peut que générer destruction, préjudices corporels aux êtres humains et aux êtres sensibles ainsi que morts.

Toutes ces considérations générales au niveau planétaire nous amènent à examiner ce problème à l’échelle de la Côte d’Ivoire, car ce pays a montré par le passé des prémices d’un état de guerre civile.

LA PAIX N’EST PAS UN LUXE

Avec les tristes évènements vécus pendant les élections présidentielles de 2010, la paix ne peut plus être un concept abstrait : la bêtise humaine a jeté les Ivoiriens contre les Ivoiriens et, ceci, pour les ambitions, les intérêts personnels et la soif du pouvoir de certains. Ces tristes évènements de 2010 sont encore frais dans la mémoire collective, car ceux qui sont tombés au centre du pays, au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest, n’étaient ni d’une seule ethnie ni d’une seule région.

La paix n’est donc pas un luxe pour les Ivoiriens, mais une nécessité absolue. Elle est une exigence permanente pour construire une Nation et un Etat indivisible. Liés par l’histoire, tous les fils de la Côte d’ Ivoire se doivent de cohabiter pacifiquement. La paix est une nécessité parce que sans elle, on ne peut pas prononcer le mot de démocratie. Depuis 2010, nous savons aussi que si cette dernière n’opère pas de miracles, elle permet au moins de choisir ses dirigeants dans une expression libre du peuple. Sans la paix et la démocratie, on ne peut rêver d’un quelconque développement national.

Le problème aujourd’hui est de savoir si tous ceux qui ne jurent que par le nom de la paix, en ont même la compréhension concrète. Ne s’agit-il pas de simples incantations à la mode comme lorsque les sectes religieuses rivalisent d’ardeur pour crier plus fort le nom de Jésus ? A l’image de ces faux prophètes, on retrouve certaines similitudes chez les hommes politiques Ivoiriens. Ainsi ils s’appliquent à prononcer le mot paix, autant de fois qu’on souhaiterait l’entendre de leurs bouches dans leurs discours. Ce n’est pas mauvais en soi, mais la question est de savoir s’ils sont sincères ? Si c’est le cas alors il faut qu’ils le prouvent par des actes, autrement dit, il faut qu’ils concilient le discours avec la pratique politique.

En effet, au plus fort de l’atmosphère politique actuelle en Côte d’Ivoire, le grand et vieux parti qu’est le PDCI-RDA devrait commencer à éteindre les querelles politiques artificielles. Ce parti devrait s’empêcher de favoriser les alliances instables entre partis politiques qui se font toujours dans une optique d’obscurs intérêts personnels, régionaux et tribalistes. Il devra enfin refuser et s’opposer à tout conflit électoral, source future de désolation et de misère. Cette attitude que d’aucuns prendront pour de la faiblesse est dictée par un fort sentiment de patriotisme qui est partagé de façon générale par nos concitoyens.

Nous exprimons ici notre crainte de voir la prochaine élection présidentielle se dérouler dans des soubresauts incompatibles avec un climat apaisé. L’heure est si grave et les enjeux si importants qu’il ne sert à rien aujourd’hui de spéculer sur l’antériorité ou la genèse de la barbarie que nous avons connue et que nous rappelons pour avoir vécu ses affres.

Les dirigeants des partis sont les mêmes qui pourtant parlent abondamment de paix. S’agit-il d’une paix armée ou d’une paix de dupe qu’ils appellent de leurs vœux ? Si ce n’est pas le cas, il faut dès maintenant conjurer les vieux démons pour que les élections présidentielles du 25 octobre prochain se déroulent sans un seul coup de feu.

Nous vous recommandons donc d’aller à l’élection. C’est la seule façon de prouver notre attachement à la paix, notre réel amour pour la Côte d’Ivoire et son peuple ; car ce qui a été possible hier au Sénégal peut l’être également chez nous ici en Côte d’Ivoire. L’élection présidentielle peut se dérouler pacifiquement, après 65 ans d’indépendance. C’est un exploit que tous les fauteurs de troubles ou partisans de la bêtise humaine doivent méditer, car aucun Ivoirien ne doit perdre la vie en octobre 2025 en raison d’un scrutin présidentiel qui n’est pas une fin en soi. La récente et malheureuse expérience électorale devrait nous instruire, car elle nous a suffisamment montré qu’il n’y a pas chez nous pour attiser les discriminations, des partis de factieux qui seraient des adeptes du chaos, alors que d’autres dans la bonne penseuse seraient dans la raison !

UNE PAIX SANS DOUBLE LANGAGE

C’est aux leaders qui ont cultivé le fanatisme et l’intégrisme, qu’il revient de ramener leurs partisans à la raison. Ainsi ils transformeront positivement les cœurs de pierre et les esprits insensibles de ceux qu’ils ont induits en erreur, avec des actes pacifiques qui seraient la bienvenue à la place de leurs boniments guerriers.

Aujourd’hui, quelques Ivoiriens ont déjà annoncé leur intention d’être candidats à l’élection présidentielle. Leur ambition est légitime, mais il faut seulement espérer qu’ils veuillent accéder à la magistrature suprême par les urnes, non par la violence bête et insensée.

Me Yao N’GUESSAN

Avocat honoraire à la Cour d’Appel de Paris

Yamoussoukro, le 27 août 2025

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