Koumassi, dimanche 6 septembre 2026, deux heures du matin. Le dépôt 5 de la SOTRA s'embrase. Au lever du jour, le bilan tombe : 55 autobus endommagés, dont 40 entièrement calcinés. Aucun mort, aucun blessé. Les agents ont donné l'alerte, le GSPM a circonscrit le feu, la police et la gendarmerie ont fait les constats, une enquête est ouverte. Tout cela figure dans le communiqué de la société, et tout cela est vrai.

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Mais ce communiqué, on l'a déjà lu. Presque mot pour mot. Lundi 20 octobre 2025, 4h30, garage de Koumassi : treize autobus partent en fumée, à cinq jours de la présidentielle. Vendredi 28 novembre 2025, 3 heures, dépôt 9 d'Abobo : dix-neuf autobus en maintenance finissent en carcasses. Mardi 30 décembre 2025, 22h15, gare lagunaire de Treichville : deux bateaux-bus brûlent à quai. Et ce dimanche, quarante de plus. Quatre sinistres en moins d'un an, 72 autobus réduits en cendres, une quinzaine d'autres endommagés, deux bateaux perdus, et chaque fois la même phrase pour clore le texte : une enquête est ouverte.

Le feu, à la SOTRA, a ses habitudes. Il aime la nuit, entre deux et cinq heures du matin, et les véhicules immobilisés, en maintenance ou au repos. Il part d'un seul engin, gagne les voisins et, jusqu'ici, épargne les hommes. Un incendie qui se répète avec une telle régularité n'est plus un fait divers. C'est un mode opératoire ou c'est une faille, et dans les deux cas quelqu'un, quelque part, doit être en mesure de le dire.

Car la question n'est pas de savoir si les pompiers arrivent vite. Ils arrivent vite, et il faut le leur reconnaître. La question est de savoir ce qu'ont donné les enquêtes d'octobre, de novembre et de décembre. Court-circuit ? Batterie défaillante ? Négligence dans un atelier ? Main criminelle ? Dix mois plus tard, le public attend toujours la première conclusion rendue publique. Or chaque incendie laissé sans explication rend le suivant un peu moins surprenant.

En octobre, la SOTRA avait glissé dans son texte un appel au civisme « surtout en période électorale », avec un slogan : « Mon bus, mon combat ». La présidentielle est passée, les législatives aussi. Le feu est resté. L'explication par la fièvre politique ne tient plus, et le combat, visiblement, n'est pas gagné.

Et puis il y a l'argent. La SOTRA est une entreprise publique. Ses autobus ont été payés avec l'argent du contribuable, au prix d'un renouvellement du parc dont Abidjan avait grand besoin et dont chacun voit les résultats sur les lignes. Quarante autobus ne se remplacent ni en un tour de main ni gratuitement. Chaque bus calciné, c'est une ligne qui se dégarnit et des usagers qui attendent plus longtemps sous le soleil. C'est aussi une facture que personne ne présente jamais en détail.

Ce que l'on attend maintenant n'est pas compliqué. Un point public sur les enquêtes précédentes, avec des causes établies ou l'aveu qu'elles ne le sont pas. Un audit de la sécurité incendie dans les dépôts : rondes de nuit, vidéosurveillance, moyens d'extinction, espacement des véhicules en atelier. Si la piste criminelle se confirme, des noms, un procès et des peines. Si c'est une défaillance technique, une procédure de maintenance revue de fond en comble. Dans les deux cas, la transparence coûtera toujours moins cher qu'un cinquième incendie.

Yacouba DOUMBIA (lavenir.net)

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